L'amour de la liberté

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




Après l'action, le jeune hoplite s’assit dos à dos avec son maître, il savait que c'était le début.
- Et si nous ne sommes pas assez ?
- Alors, nous allons mourir.
- Mais nous n'avons pas d'autre choix ?
- Non.
- Pourquoi, maître ?
- Les Grecs aiment la liberté.
- Moi aussi.
- Mais cela coûte très cher.
- Pour quelle raison ?
- Nous n'acceptons pas l'esclavage, aussi forts que puissent être nos ennemis.
- Même s’ils sont davantage ?
- Alors, notre conviction a de la valeur.
Sur l'île de Salamine, ils attendaient l'assaut de l’ennemi.
Et le jeune hoplite comptait les navires de la flotte perse.
Leur nombre était en constante augmentation.
Mais il ne dit rien au maître qui ne regardait même pas.
- Tu les as comptés ?
- Non, maître... C’est-à-dire oui, mais je n’ai pas terminé.
- Pourquoi comptes-tu ?
- Pour savoir.
- Quoi ?
- Le nombre de l'ennemi...
- Alors tu auras peur...
- Non, non, je n’y pense pas.
- Aussi nombreux qu’ils soient ils ne méritent pas notre liberté.
- Comment les comparez-vous ?
- Je ne les compare pas, c’est incomparable.
- Et comment les affronterez-vous ?
- Grâce à notre stratégie.
Ce n'était pas la première fois que le maître utilisait ce mot.
Mais cette fois, le ton de sa voix était différent.
Ce n'était plus une vision.
Bientôt ils le vivraient en pratique.
Et la réalité changerait.
- Maître, nous appliquerons ce que nous avons appris ?
- Pas seulement.
- C'est-à-dire ?
- Nous profiterons de leur nombre.
- Mais nous ne l’avons pas compté !
- Notre ennemi n’a pas mesuré son défaut !
- Qu'est-ce que cela signifie ?
- La conscience de ta faiblesse, te donne de la force.
- Alors qu'ils...
- Ils croient qu'ils sont immortels.
- Et nous ?
- Nous savons que nous mourons pour notre liberté.
Alors que soufflait le vent de Salamine, les deux libres se dressèrent.
En raison de l'amour.








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