De la torture non systématique à la politique de tolérance zéro

N. Lygeros




En lisant la communication de la commission au conseil et au parlement, notre attention a été attirée par le paragraphe suivant : « La Turquie entreprend de sérieux efforts pour garantir une mise en oeuvre adéquate de ces réformes. Malgré cela, le processus de mise en oeuvre doit être davantage consolidé et étendu. Il en va ainsi pour la politique de tolérance zéro dans la lutte contre la torture et les mauvais traitements, et pour le renforcement et l’application des dispositions concernant la liberté d’expression, la liberté religieuse et les droits des femmes, des syndicats et des minorités. » Et quelques pages plus loin nous pouvons voir ceci ; « [...] La politique de tolérance zéro à l’égard de la torture devrait être appliquée au prix d’efforts déterminés à tous les niveaux de l’Etat turc pour que les cas de torture soient définitivement éliminés. » Il est évident que ce langage diplomatique ne trompe personne. Dans l’état actuel des choses, la Turquie ne peut prétendre répondre au critère élémentaire des droits fondamentaux de l’homme et ce même pour ses propres ressortissants. La réponse officielle actuelle consiste à dire que la torture n’est plus systématique, ce qui ne signifie pas bien sûr que la torture n’existe plus, nous ne savons pas plus sur quels critères elle est appliquée aussi il est difficile de voir de quelle façon nous pouvons parler d’évolution de la situation.

La politique de tolérance zéro est un idéal on ne peut plus humain mais ce n’est pas pour cela qu' il soit réalisable dans un pays tel que la Turquie. Car l’Etat profond, selon l’expression consacrée est toujours présent dans les arcanes d’un pouvoir gouverné par la corruption. Il est difficile de convaincre les Arméniens, les Chypriotes, les Grecs et particulièrement les Kurdes de la volonté réelle de l’état turc d’éliminer de sa structure toute transgression aux droits de l’Homme. En effet aucun génocide n’a été reconnu ne serait-ce que pour la forme étant donné qu’il ne s’agit pas d'une accusation de la Turquie actuelle. Au contraire, nous avons à faire face à des revendications bien organisées qui tentent systématiquement de réviser l’histoire pour effacer les crimes de guerre. Alors comment porter crédit aux discours diplomatiques d’un pouvoir qui travaille à flux tendu afin de pallier au fur et à mesure aux carences de sa réalité.

La torture, c’est comme la peine de mort, elle existe ou elle n’existe pas. Il n’est pas possible de concevoir des intermédiaires dans la réalité même si dans le discours virtuel de la diplomatie cela est possible. En effet dans ce cadre, il est impossible d’exploiter la rhétorique pour parvenir à ses fins. Le corps souffre qu’il ne souffre pas et chaque homme mutilé est une blessure pour l’humanité et non seulement pour l’Union Européenne. A une époque où nous parlons sans cesse des droits de l’Homme et où nous tentons d’établir des valeurs universelles au sein de l’Union Européenne, il est impensable d’accepter des compromis dans ce domaine car même si la nature initiale de celle-ci était d’ordre économique, elle ne peut plus être réduite à cela de nos jours. Il faut donc être conscient que nous ne parlons pas seulement de l’avenir de l’Union européenne mais avant tout de son ontologie.







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