Le crépuscule rouge (29)

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




Le petit-fils avait amené avec lui tout l'atelier du pont. Tous les spécialistes voulaient être présents au combat. Ils avaient sué sang et eau pour ce pont. Les tailleurs de pierre, les maçons, leurs apprentis regardaient avec admiration leur oeuvre. Cependant leur admiration devint crainte lorsqu'ils reconnurent le voleur parmi les saints. Ils savaient que le combat serait rude. Les trois arches trembleraient sous le poids de la mémoire. Et lorsque le petit-fils poussa son cri, ils se jetèrent dans la bataille pour soutenir la liberté. Ils livreraient le combat de leur vie l'épée à la main. Les troupes de choc tombèrent sur eux et les yatagans blessèrent leurs corps innocents. Seuls les « Libres » parvinrent à briser le front ennemi. Les autres palikares ne purent les suivre dans cette tentative surhumaine et si le voleur et les saints ne s'étaient pas sacrifiés pour les sauver, le pont serait devenu leur tombe. Le petit-fils emporta la première arche sans pouvoir s'approcher du voleur. Il le voyait qui luttait tel un aigle avec les saints. La légende vivante les avait sauvés une fois encore. Au moment où les saints tombèrent, le voleur regarda derrière lui. Il cherchait son petit-fils du regard. Il le vit parmi les « Libres » et sourit. Alors il attaqua avec rage ses ennemis et répandit la mort autour de lui jusqu'à ce que son pied atteigne l'autre rive. Là-bas l'attendaient les trente baisers du soleil. Le crépuscule rouge tomba sur le flanc de la montagne. La libération du pont avait sonné le glas de l'occupation. Les liens du voleur ne changeaient rien. L'otage le savait, ses ennemis aussi.







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