L’esprit « amical » (26)

N. Lygeros

Traduit du Grec par l'auteur




Dans une salle du palais, un petit orchestre jouait de la musique viennoise. Tous écoutaient avec plaisir cette calme mélodie. Tous sauf un. Chaque note lui rappelait le fanatisme des autrichiens turcophiles qui luttaient contre les idées de la révolution française et n'avaient pas hésité à livrer ses compagnons aux turcs. Tandis que jouait la musique, il entendait leurs cris quand on les étranglait et le bruit de leurs corps tombant dans le fleuve. Il ne savait encore que faire pour se venger et attendait la fin du concert. Il y avait été invité anonymement, mais n'aurait pu refuser la proposition sans se faire mal voir. Il regardait les invités pour résoudre ce mystère quand quelqu'un lui toucha l'épaule. Il tourna son regard vers lui. Ce fut leur premier contact. La fin du concert avait scellé la fin de l'empire. En cet instant personne ne le comprit excepté trois patriotes, mais seul celui qui connaissait le voleur savait la fin. Il avait parlé avec lui des heures durant avant de prendre sa décision. Le voleur lui parlait du futur de leur patrie comme s'il l'avait déjà vécu. Son histoire serait leur secret. Le voleur lui parlait du passé de leur patrie comme s'il était déjà mort. Son secret serait leur histoire. A présent il se souvenait de la mémoire du futur, à présent qu'il allait devenir lui aussi un « amical ». Et il sentit en lui l'esprit du voleur qui s'était battu, se battait et se battrait pour leur liberté.







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