Quotient Intellectuel, Statistiques et Politique Sociale

N. Lygeros




L'origine des travaux psychométriques est résolument sociale. Si Binet a initié les recherches dans ce domaine consacré à ce qui se nommera par la suite le quotient intellectuel, c'est avant tout pour détecter les enfants qui avaient des problèmes de développement afin de les aider dans leur cursus scolaire. Par la suite, la mentalité anglo-saxonne aidant, le quotient intellectuel a été associé d'une part aux enfants surdoués et de manière générale à ce que nous appelons aujourd'hui la douance, d'autre part à un élitisme qui est plus ou moins considéré comme une forme affaiblie d'eugénisme. Ainsi les sociétés démocratiques considèrent qu'il est plutôt néfaste d'utiliser le concept de quotient intellectuel pour qualifier des individus. Elles jugent que cela réduit l'homme à un numéro sans se rendre compte que c'est exactement ce qu'elles effectuent à travers le numéro de sécurité sociale, la carte d'électeur, le permis de conduire, etc. Le véritable problème, c'est que cet argument fallacieux est exploité pour éviter de mettre en place des structures spécialisées capables d'aider efficacement l'enfant en difficulté. Le paradoxe provient du fait qu'en neuropsychologie et en particulier celle consacrée à l'enfant, le quotient intellectuel est un outil à part entière qui aide les spécialistes dans leur diagnostic. Pourtant comme le montrent les statistiques ces enfants existent. En effet si nous considérons une petite ville modèle de 20.000 habitants avec l'échelle de Stanford-Binet les personnes qui sont en dessous de la moyenne de deux déviations (i.e. QI<=68) représentent 2% de la population et donc dans notre cas ces 400 individus. Celles-ci ne sont d'ailleurs pas inconnues des services sociaux de l'Etat puisque grâce aux travaux des neuropsychologues qui utilisent le quotient intellectuel et qui démontrent leur handicap, la société leur attribue une somme mensuelle même si pour certains pays cette somme est dérisoire. Cependant si nous inspectons, comme nous avons été amenés à le faire, les centres spécialisés, nous constatons que la présence est de l'ordre du centième du potentiel. La raison en est simple et elle est essentiellement sociale. Les parents qui ont un enfant en difficulté n'ont aucun problème pour le déclarer à l'Etat et prendre la somme qui leur est due puisqu'il s'agit d'une opération bureaucratique. Par contre, ils ont beaucoup de mal à emmener leur enfant au centre spécialisé car ils craignent le jugement de la société. Aussi ils préfèrent garder leur enfant chez eux c'est-à-dire dans un univers clos sans soutien spécialisé. A cause de cela, l'enfant non seulement ne progresse pas mais en réalité il régresse. En effet, il est important de réaliser que dans les mêmes conditions un enfant sans difficulté finirait par en avoir par ce confinement intellectuel forcé. Ainsi si la société est si négative envers un concept qu'elle affirme être un instrument d'une forme d'eugénisme, c'est en réalité pour éviter de faire face au problème réel des enfants en difficulté. Car le quotient intellectuel est une sorte d'objectivisation de la réalité subjective. Il permet de situer et de jauger le degré de difficulté rencontré par l'enfant et par ce biais il montre à la société qu'il est nécessaire de le prendre en charge. En mettant la société en porte-à-faux avec sa propre politique sociale telle qu'elle est définie par son état, le quotient intellectuel met en évidence sa véritable nature qui est construite sur un eugénisme caché.







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