Le bois de la mémoire (13)

N. Lygeros

Traduit du Grec par l'auteur




A partir de ce jour la vie du disciple changea définitivement. Dans le temps il pensait qu'il fallait apprendre. Maintenant il savait que cela ne signifiait rien. L'essence est unique. Et il la voyait à travers le regard de son maître. Ce jour là il comprit l'inquiétude du mentor. Il aimait l'humanité tout entière et à cause de cela il était absolument seul. Chacun de ses gestes était rempli d'humanité et à cause de cela sa vie était vide. Il était né pour mourir. Alors que son disciple ne pouvait imaginer l'humanité, ne pouvait saisir l'humanité. Il était né pour comprendre la souffrance, la douleur de l'autre sans être torturé lui-même. Il aimait la vie et ne voulait pas mourir dans la solitude de l'humanité. Il était différent et maintenant il le savait. Il ne fallait pas ressembler à son maître. C'était impossible. Il fallait qu'il l'aide à aider. C'était son rôle. Il était devenu le garde du corps de l'humanité. Puisqu'il ne pouvait aimer l'humanité, il décida d'aimer celui qui l'aimait. Il ne ressentait pas sa douleur mais ressentait la douleur pour elle. Son corps ne pouvait supporter qu'une seule mort et celle-là serait la mort de son maître. Les paroles devenaient silence pour écouter chaque pensée du maître et ses gestes le tronc de son oeuvre. Ce serait le bois de la mémoire. Il transcrirait les blessures de l'humanité, il transcrirait le mythe de l'histoire. Le papier pliait sous le poids de l'encre, le poids de la pensée. La feuille sentait le tronc et les racines de l'hellénisme. Toute la résistance de la patrie se trouvait là sur la bouche ensanglantée de son maître. Seulement ce n'était pas encore l'heure du cri et de la révolution. Il fallait d'abord qu'arrive encore le voleur, l'ami du maître et l'étrange poignée qu'il avait vue sur la gravure. Il savait qu'il était mort mais il l'attendait comme le maître l'attendait. Leur fidélité était plus puissante que la réalité. Et la réalité fléchissait. Toutes les formes du combat étaient terminées. Il manquait seulement le voleur de la nuit.







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