Les nuits de Kirilov

N. Lygeros




« - Vous vous couchez au petit jour ?
- Toujours. Depuis longtemps. La nuit, je réfléchis.
- Toute la nuit ?
- Oui, il le faut. Voyez-vous, je m’intéresse aux raisons pour lesquelles les hommes n’osent pas se tuer.
- N’osent pas ? Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de suicides ?
- Normalement, il devrait y en avoir beaucoup plus. »

Voilà les comptes sont faits.
Il y a un manque malgré la conscience.
L’importance et la suprématie de la société
ne peuvent rester cachées aux hommes.
L’absence d’espoir non plus.
Et il n’est pas nécessaire
d’avoir lu Kafka
pour comprendre l’avenir.

« - Et qu’est-ce qui empêche selon vous, les gens de se tuer ?
- La souffrance. Ceux qui se tuent par folie ou désespoir ne pensent pas à la souffrance.
Mais ceux qui se tuent par raison y pensent forcément. »

La souffrance donc sauve du suicide
les hommes raisonnables.
Mais la souffrance sans raison
et la raison sans souffrance
telle est la question
que pose
Camus
dans les nuits de Kirilov
blanches, elles aussi
comme le livre du passé
mais dont le but
demeure inconnu
jusqu’à la mort.







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