La jeune fille au chapeau jaune

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




Elise : Je pensais mettre cette robe… Silence. Elle vous plait ? Pause. C’est mon unique. Silence. Ma mère me l’a cousue… C’est pour l’église… Pause.  Vous savez le dimanche…Pause. Nous sommes bien dimanche aujourd’hui, c’est ça, non ? Et vous savez, vous ressemblez à un prêtre…Et vous êtes si bon avec moi… Peut-être que les pois sont difficiles pour vous ? Si vous ne le voulez pas, ne les dessinez pas… J’ai dit quelque chose de mal ? Je ne voulais pas… Je sais que vous dessinez toujours la vérité… Même si vous le faites à votre propre façon…   Je veux dire, avec une façon particulière… Silence. Excusez-moi mais je ne connais rien en peinture… Dans les champs, nous n’avons pas le temps de voir la beauté. Il faut que nous soyons à notre heure, comme dit ma mère… Silence. Tandis que vous, vous la regardez et vous voyez la vérité… Et vous aimez les coquelicots… moi, je les adore… Pause. C’est le rouge du jaune. Mon chapeau vous plait ? Il est comme le vôtre. Mais j’ai mis aussi ce nœud. Cela est gênant ?  Pause. Non ? Tant mieux. Je pensais que ça vous plairait… Du moins, je l’espérais… Silence. Je suis bien comme ça ? Ce n’est pas étrange de m’asseoir ici au milieu de mon champ ? Ne faudrait-il pas que je sois dans votre atelier ? Non ? Vous avez peut-être raison. La nature est l’atelier du peintre. Silence. Je me réjouis que vous m’ayez choisie… J’ai toujours voulu un portrait, mais… Pause. Je n’avais pas d’argent… Et maintenant vous êtes venu avec votre regard. Vous me regardez avec tant d’innocence que je ne sais pas quoi dire. Pause. Je me sens tellement belle ici avec vous, au milieu de mon champ avec mes chers coquelicots. Silence. Non, je ne bougerai plus… Simplement je suis émue et vous ? Pause. Faites le beau, je vous en prie… Car je vous l’ai dit, je n’ai rien d’autre…Vous mettrez aussi quelques coquelicots ? Bien sûr, ceux-là nous ne les ramassons pas… Mais je ne peux pas sans eux. Ils sont comme des souvenirs rouges… Merci… N’oubliez pas les pois sur la robe…Vous les mettrez à la fin ? Comme vous voulez, c’est vous qui savez… Et si vous pouvez me faire un peu plus belle pour qu’ils ne disent rien ceux qui vont regarder le tableau à l’avenir… Mes mains. Je les ai bougées. Bon, bon, je ne dirai plus rien. J’attendrai que vous finissiez, je vous le promets, il suffit que…vous savez, vous… C’est ainsi n’est-ce pas ? Pause. Ainsi !


 








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