Vue d’Arles

N. Lygeros




« Puis, une vue d’Arles.
De la ville on n’aperçoit
que quelques toits rouges et une tour
le reste est cadré par de la verdure de figuiers,
cela tout au fond,
et une bande étroite de ciel bleu dessus.
La ville est entourée d’immenses prairies
toutes fleuries d’innombrables boutons d’or
- une mer jaune -
ces prairies sont coupées sur le premier plan
par un fossé rempli de fleurs d’iris violets.
On a coupé l’herbe pendant que j’étais
en train de peindre ce n’est donc qu’une étude
et non un tableau fait,
que j’avais, l’intention d’en faire.
Mais quel motif, hein !
Cette mer jaune avec une barre d’iris violets,
et au fond, la coquette petite ville aux jolies femmes ! »

Dans cette longue lettre à Bernard,
tu ne te contentes pas de généralités.
Tu décris avec précision tous les détails
de cette vue si particulière d’Arles.
Ce n’était pas seulement un aperçu
malgré l’abondante verdure de figuiers.
Il y avait chez toi une volonté infaillible
de retranscrire la nature sur la toile
grâce à une palette de nuances
qui n’hésitait pas à exagérer la réalité
pour être plus fidèle à l’esprit.
Tu aurais pu sombrer dans cette mer jaune
mais tu as réussi sur ton bateau ivre
à conserver les illusions perdues
d’une saison en enfer
qui n’en finissait pas de mourir.
Il aura fallu qu’ils te coupent
l’herbe sous les pieds devant le chevalet
pour cesser de peindre la vie.
L’esquisse aurait pu mourir
mais ce n’était pas le moment.







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