La création de la copie

N. Lygeros




« Ce que j’y cherche et pourquoi il me semble bon de copier ces choses, je vais essayer de te le dire. On nous demande à nous autres peintres, de composer nous-mêmes et d’être seulement des compositeurs. Bon – mais il n’en est pas ainsi en musique – quand quelqu’un joue Beethoven il ajoute son interprétation personnelle. Dans la musique et particulièrement dans le chant, l’interprétation d’une composition est une chose en soi, et il n’est pas absolument nécessaire que seul le compositeur joue ses propres compositions. Bon – mais surtout maintenant, où je suis malade, je cherche quelque chose pour me consoler et me réjouir. Je pose devant moi le noir et blanc de Delacroix ou de Millet, ou bien encore la reproduction en noir et blanc d’après leurs œuvres comme motif. Et puis, j’improvise là-dessus en couleur, mais comprends-moi bien – je ne suis pas tout à fait moi, mais je cherche à maintenir des souvenirs de leurs tableaux – mais ce souvenir, l’harmonie approximative des couleurs, que je conçois intuitivement, même si elles ne sont pas tout à fait justes – c’est ma propre interprétation. »

Pour Leonardo da Vinci, il ne faut pas copier les maîtres, mais la Nature. Pour Vincent van Gogh, il faut les copier par hommage. Ces deux visions semblent contradictoires au premier abord et pourtant, il n’en est rien. Leonardo était peintre. Vincent l’est devenu. Cette différence est un premier pas vers l’explication de cette apparente divergence. Cependant, un autre fait est encore plus fondamental. Vincent était un génie et Leonardo un génie universel. L’un était en lutte avec le monde, l’autre créait son monde. L’un espérait un changement, l’autre le créait. L’un attendait un message, l’autre était ce message. Dans sa lutte quotidienne avec la société, Vincent avait besoin d’un support mental et d’un réconfort sentimental. Alors que Leonardo ne pouvait compter ni sur l’un ni sur l’autre. De plus, Vincent met en exergue l’aspect interprétatif de la copie, alors que Leonardo la situe au niveau de l’herméneutique. Il y a donc la copie de la création et la création de la copie. Dans ce nouveau schéma mental, Vincent et Leonardo sont complémentaires. Nous retrouvons ainsi le rôle des maîtres dans l’évolution de l’humanité. Ils partagent en réalité une même vision qui se base sur la même humanité, sans être situé sur le même niveau. Ainsi les raisons sont avant tout intrinsèques et nous ne devons pas les oublier en donnant à la société un rôle trop important. Aucun d’entre eux n’a choisi sa société mais tous les deux ont décidé d’appartenir à l’humanité car via leur intelligence, ils représentaient aussi son avenir. Leonardo était initialement altruiste et sa position sur la musique est clairement affirmée dans ses carnets. Vincent aussi utilise la musique pour expliquer son approche. Les compositeurs et les interprètes sont tous les deux des créateurs mais les uns appartiennent au temps tandis que les autres appartiennent à l’espace.







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