Le plaidoyer de la couleur

N. Lygeros






Dans sa lettre d’avril 1888, Vincent van Gogh (1853-1890) après quelques explications à John Russell (1858-1931), se concentre sur l’apport d’Adolphe Monticelli (1824-1886) afin de poursuivre son plaidoyer.

« Considérant le seul décor qui inspira Monticelli, je maintiens que cet artiste a droit à un public, bien qu’il ait été apprécié trop tard. »

Cette façon d’agir est caractéristique de la façon d’agir de Vincent qui est passionné à plus d’un titre par ce peintre.

« Il est certain que Monticelli ne nous donne pas, et ne prétend d’ailleurs pas nous donner, une couleur locale, ni même une vérité locale. »

Ceci correspond aussi à la vision qu’il a lui-même de la peinture en tant qu’art.

« Mais il nous donne quelque chose de passionné et d’éternel : une couleur riche, la richesse du soleil du glorieux Midi, à la façon d’un vrai coloriste que l’on peut mettre en parallèle avec la conception du Midi qu’est celle de Delacroix, […] »

Le parallèle est mis en place et corrobore ce que nous savons quant aux maîtres qui l’ont influencé dans sa propre création.

« […] c’est-à-dire que le Midi est représenté maintenant par un contraste simultané des couleurs, de leurs dérivés, de leurs harmonies et non par des formes ou par des lignes ayant leur valeur en soi comme les anciens ont fait autrefois, par la seule forme comme les Grecs et comme Michel-Ange ou bien par le seul dessin comme Raphaël, Mantegna et les primitifs vénitiens : Botticelli, Cimabue, Giotto, Bellini. »

Grâce à ces précisions et ces explications, nous pouvons écouter les opinions de certains spécialistes qui considèrent que Vincent van Gogh est un peintre naïf qui a une vision primitive de la peinture. En réalité, le maître hollandais connait la peinture de manière diachronique, il sait ce que représente l’apport des maîtres précédents et ne se contente pas de créer à sa façon sans tenir compte de l’histoire de son art.

« Le contraire de ce qu’ont entrepris P. Véronèse et le Titien : la couleur. La chose entreprise par Vélasquez et Goya devrait être poursuivie, et plus pleinement, ou plutôt plus universellement grâce à la connaissance plus universelle que nous avons des couleurs du prisme et de leurs propriétés. »

Cette fois, Vincent van Gogh va au-delà de la simple technique de l’art, il revendique l’apport scientifique dans l’art. Il ne se contente pas de créer mais il désire aussi approfondir la théorie de la couleur. Il faut dire qu’à cette époque, les théories de Newton et de Goethe n’étaient pas inconnues et les expériences étaient possibles même pour des peintres. Vincent van Gogh va donc dans le sens de l’universel et du fondamental. Il ne compare pas seulement le passé, il tente d’unifier ses contributions pour envisager l’avenir de la peinture.







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