Le manifeste de la couleur

N. Lygeros




« Toutes les couleurs
que l’impressionnisme a mis à la mode
sont changeantes

raison de plus de les employer
hardiment trop crues,
le temps ne les adoucira que trop.

Ainsi toute la commande que j’ai faite,
sont les trois chromes (l’orangé, le jaune, le citron)
le bleu de Prusse, l’émeraude, les laques de garance,
le vert Véronèse, la mine orangé,
tout cela ne se trouve guère sur la palette hollandaise,
Maris, Mauve et Israëls.

Seulement cela se trouvait sur celle de Delacroix,
qui avait la rage des deux couleurs les plus condamnées,
et pour les meilleures raisons,
le citron et le bleu de Prusse.
Cependant, il me semble
qu’il en ait fait de superbes avec cela,
des bleus et des jaunes citron.
Poignée de main à toi, à Koning
et encore une fois bien merci des couleurs. »

Dans cette lettre d’Arles,
le manifeste de la couleur est annoncé
à la manière de Vincent
sur un ton clair et rude à la fois
car il s’agissait de l’essence de la peinture.
Il avait fait le choix de la couleur
et il fallait que ce soit dit à l’emporte pièce.
Il revendiquait sa position à l’encontre de tous
car il travaillait déjà pour l’avenir
et en tant que mémoire du futur,
il s’enfonçait dans le passé lointain
pour mettre en exergue les racines
d’un art hollandais sur un sol français.
Ce n’était plus une défense hollandaise,
pas même française mais le souvenir ultime
du bleu et du jaune citron
dans un monde de grisaille.







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