Le déplacement massif en tant qu’arme d’extermination

N. Lygeros




Bien souvent dans le discours des génocideurs aussi bien du peuple juif, arménien, pontique ou ukrainien, nous ne voyons que les mentions indirectes à l’extermination qui est pourtant réelle. Ils préfèrent utiliser l’euphémisme savant à savoir déplacement massif. Dans les sociétés de l’oubli et de l’indifférence cela est suffisant pour ne pas être accusé de crime contre l’humanité. Cela provient du fait que peu de personnes saisissent le fait que le déplacement massif est une arme d’extermination. Car pour mieux exterminer, il faut d’abord déplacer massivement. Le déplacement massif laisse moins de traces. Car les hommes sont déracinés et séparés de leurs éventuels témoins. En les déplaçant, les génocideurs transforment les hommes, en inconnus afin de les transformer finalement en victimes, sans laisser de traces. Dans l’acte même du crime contre l’humanité, il existe déjà la négation du crime comme l’a justement souligné Bernard-Henry Lévy. Or le déplacement massif fait partie de cette négation. Car il représente une tentative de créer un oubli massif. En enlevant les repères aux hommes, le système crée un espace neutralisé où les inconnus se retrouvent sans témoins. Les nazis en tant que génocideurs suprêmes à travers la solution finale, ont même réalisé ces espaces neutralisés avec les camps de concentration qui sont devenus des camps d’extermination. Les déplacements massifs ne sont donc pas une fin en soi mais bien un moyen de transformer. Il serait donc plus juste de parler de transformations massives. Cette mise au point sémiotique aiderait beaucoup à la meilleure compréhension du crime contre l’humanité que représente le génocide. Les hommes seraient plus sensibles aux arguments des défenseurs des droits de l’homme. En effet, la question nécessaire qu’ils doivent se poser est simple : les déplacements massifs constituent-ils une forme de déménagement organisée par le système? Car dans certaines sociétés, ces déplacements ne sont qu’une forme massive de colonisation. Certes ces mêmes sociétés oublient très rapidement que la colonisation peut elle aussi être considérée comme un crime de guerre. Dans tous les cas, il est évident que le déménagement ne répond en aucun cas au schéma mental produit par le concept de déplacement massif. Au contraire, il est utile et même judicieux de se rendre compte que pour les spécialistes des génocides et pas seulement des combattants de la paix, les déplacements massifs dans les archives secrètes des états génocideurs sont des indices. Car en fin de compte qui a le droit de déplacer massivement des populations et au nom de quoi? Les Ottomans et Kémal ont déplacé les Arméniens et les Pontiques. Les Soviétiques et Staline ont déplacé les Ukrainiens. Les nazis et Hitler ont déplacé les Juifs. Dans tous les cas, c’était le même schéma mental et surtout le même but qui était recherché. L’unique différence c’est l’évolution de la méthode du crime mais le crime contre l’humanité demeure. La méthodologie des déplacements massifs ne fait qu’accuser de manière plus grave, ces bourreaux de l’humanité. Car elle accentue la capacité systématique de la destruction. Elle est donc un élément essentiel pour le procès. C’est une véritable pièce à conviction à l’encontre des génocideurs. Ainsi, il est inutile de se cacher derrière cette expression qui ne peut être véritablement considérée comme un euphémisme. Il nous faut prendre conscience de la gravité de l’argument pour lutter efficacement contre toute forme de négation.







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