Le géomètre de la bonté et la conscience de l'innocence

N. Lygeros




Le géomètre : Comment compter la souffrance des hommes ?

L’innocence : En les regardant.

Le géomètre : je ne les vois plus.

L’innocence : Ils sont pourtant présents en nous.

Le géomètre : Alors pourquoi je ne vois que ma famille ?

L’innocence : Les tiens sont dans ta famille.

Le géomètre : Seulement ma famille est-elle dans les miens ?

L’innocence : C'est à toi de choisir.

Le géomètre : Cela fait des décennies que je mesure la terre.

L’innocence : Sans avoir le sentiment de la démesure ?

Le géomètre : Comment aurais-je pu ?

L’innocence : Si chaque mètre carré avait été humain…

Le géomètre : Et bien quoi ?

L’innocence : Aurais-tu compté les victimes de notre peuple ?

Le géomètre : As-tu conscience de l'immensité de ce nombre ?

L’innocence : Je ne connais que sa grandeur.

Le géomètre : Ne joue pas sur les mots !

L’innocence : Je ne parle que de maux !

Le géomètre : C'est cela que je ne peux souffrir.

L’innocence : Alors comment être humain ?

Le géomètre : Ne suffit-il pas de naître ?

L’innocence : C'est une condition nécessaire mais pas suffisante.

Le géomètre : Enfin quelque chose que je comprends.

L’innocence : Car tu as choisi de ne pas blesser.

Le géomètre : Est-ce mal ?

L’innocence : Est-ce bien ?

Le géomètre : Je ne te comprends plus.

L’innocence : Tu as aussi choisi de ne pas être blessé.

Le géomètre : C’est vrai.

L’innocence : Voilà pourquoi tu ne pouvais supporter la mémoire.

Le géomètre : Et maintenant que puis-je faire ?

L’innocence : Aider à souffrir !

Le géomètre : Mais c'est inhumain.

L’innocence : C'est l'enseignement des justes.

Le géomètre : Ainsi ils existent ?

L’innocence : Oui, sinon nous n’existerions plus.

Le géomètre : Qui donc ?

L’innocence : Les innocents.

Le géomètre : Je dois redevenir innocent.

L’innocence : Pour nous, c'est l'unique moyen de devenir des hommes !







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