En souvenir de Mauve

N. Lygeros




Je ne savais pas si je devais t’écrire toutes mes pensées aussi je te raconte d’abord les détails.

« J’avais travaillé une toile de 20 en plein air dans un verger, un terrain lilas labouré, une clôture en roseaux, deux pêchers roses contre un ciel glorieux bleu et blanc. Probablement le meilleur paysage que j’aie fait. »

Tout cela bien sûr n’a rien de remarquable en soi. Et puis tu me connais. Seulement je voulais que tu saches les circonstances de la coïncidence.

« Au moment où je l’ai rapporté chez moi, je reçois de la part de notre sœur, un écrit hollandais dédié à la mémoire de Mauve, avec son portrait (fort bien le portrait), le texte mal et disant rien, eau-forte jolie. »

Je sais bien tout cela n’est pas vraiment remarquable.

 « Seulement un je ne sais quoi m'a empoigné et serré la gorge d'émotion, et j'ai écrit sur mon tableau :


Souvenir de Mauve,
Vincent et Théo.

et si tu trouves bien, tel quel nous l'enverrons à nous deux à Mme Mauve. »

J’ai hésité au début à mettre ton prénom car je ne t’avais pas demandé ton avis. Cette idée m’est venue ainsi. Aussi pourquoi chasser le naturel. Et après tout, si cela ne te plaît pas, nous ne l’enverrons pas. Dans tous les cas, pardon si tu trouves cela incongru.

« J'ai exprès pris la meilleure étude que j'aie fabriquée ici ; je ne sais pas ce qu'ils en diront chez nous, mais cela nous est égal, il me semblait qu'il fallait en mémoire de Mauve quelque chose et de tendre et de très gai, et non pas une étude dans une gamme plus sérieuse que cela. »

Ne pense pas que tout cela n’est qu’une justification de mon choix. J’ai seulement voulu lui donner ce j’avais de mieux, en espérant que tu seras d’accord avec moi.


« Ne crois pas que les morts soient morts,
Tant qu'il y aura des vivants,
Les morts vivront, les morts vivront.
 »


« C'est comme ça que je sens la chose, pas plus triste que cela. »

Je crains de t’avoir fait de la peine avec tous ces détails mais je ne savais pas à qui d’autre le dire. Après tout ne partageons-nous pas notre vie, alors pourquoi ne pas parler de la mort qui est tout aussi naturelle. Et puis je voulais que nous lui répondions ensemble. Je ne sais pas si c’est convenable, mais cela me semblait nécessaire. N’hésite pas à m’écrire ce que tu penses de tout cela.


                                             t. à t. Vincent.







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