Contrariété solaire

N. Lygeros




Vincent : Tu n’étais pas là !
Théo : Tu sais bien que...
Vincent : C’est toujours la même chose avec toi !
Théo : Que s’est-t-il passé ?
Vincent : « Ai eu contrariété pour le coucher de soleil avec figures et un pont, dont je parlais à Bernard ».
Théo : Quelle est donc cette contrariété ?
Vincent : « Le mauvais temps m’empêchant de travailler sur place, j’ai éreinté complètement cette étude en voulant la finir chez moi ».
Théo : Était-ce une commande ?
Vincent : Non point !
Théo : Alors pourquoi cette précipitation ?
Vincent : Je me devais de le faire.
Théo : Je comprends enfin.
Vincent : Voilà, c’est dit !
Théo : Et qu’as-tu fait ensuite ?
Vincent : « J’ai aussitôt après recommencé le même motif sur une autre toile ».
Théo : Finalement tu en es venu à bout !
Vincent : Pas du tout, tu n’y es pas !
Théo : Comment ?
Vincent : « Mais le temps étant tout autre », j’ai fait l’étude « dans une gamme grise et sans figure ».
Théo : Je vois...
Vincent : Non, justement tu ne vois pas.
Théo : Que veux-tu dire ?
Vincent : L’idée n’est pas là. Je voulais du soleil et des figures.
Théo : Tu pourras le faire par la suite. Rien n’est perdu.
Vincent : Au contraire !
Théo : Je ne te comprends pas.
Vincent : Ces figures sont perdues.
Théo : Quelle importance ? Tu en trouveras d’autres !
Vincent : Ce n’est pas la même chose.
Théo : Pourquoi donc ?
Vincent : Je dessine des figures pour ne pas les oublier
Théo : Qu’ont-elles de si important ?
Vincent : Ce sont des morceaux d’humanité !
Théo : En quoi sont-elles uniques ?
Vincent : Ce sont des hommes.
Theo : Comme les autres, non ?
Vincent : Ce sont des hommes qui n’existent pas si je ne les peins pas car la société les a déjà oubliés.







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