Sur la reconnaissance

N. Lygeros




La reconnaissance n’est pas juste un mot, pas même un symbole mais le commencement d’une procédure de réparation. Il ne s’agit donc pas d’un but mais d’une étape initiale. Il ne s’agit pas d’un cri des victimes mais d’un acte des justes. Car c’est uniquement dans le cadre de la justice qu’il est possible de donner un sens à la notion de reconnaissance. Cette différence essentielle n’est pas immédiatement compréhensible, et ce, même de la part des victimes. Il faut dire que cela fait des années qu’elles tentent de faire connaître l’existence même du génocide, aussi l’idée de reconnaissance semble parfois une véritable utopie. Seulement ce n’est pas le cas. La reconnaissance n’est ni une utopie, ni un rêve mais une vision, une vision humaine, consciente de l’existence de l’humanité. Un génocide ne doit pas être interprété uniquement comme un acte barbare à l’encontre d’un peuple précis. Un génocide est un crime contre l’humanité. Par conséquent, c’est dans cette vision d’ensemble qu’il prend tout son sens et surtout toute son envergure. Ce point n’est pas un détail. Car sans envergure, l’impact est inexistant et sans impact, aucune répercussion, globale. Alors que la reconnaissance appartient nécessairement à un processus global. Ainsi un peuple qui a subi le génocide n’est pas isolé. Il est le représentant d’une classe de l’humanité. Il est la mesure de la souffrance dans la démesure de la barbarie. Il est aussi l’humanité dans la brutalité. Comme s’il s’agissait d’une application informelle de la théorie de Ramsey. La reconnaissance fait donc partie du génocide en tant qu’essence et la réparation en tant que thérapie. De la même manière que la négation du génocide appartient aux huit phases de l’analyse de Stanton, la reconnaissance appartient au processus de réparation. Elle est le point de contact entre le crime et le châtiment. Car un génocide sans reconnaissance constitue un crime sans châtiment. Seulement un crime sans châtiment est un crime qui n’existe pas. C’est sur ce principe que se base le principe de la négation et c’est pour cette raison, qu’il constitue la huitième et dernière phase du génocide. L’effacement du génocide permet à la barbarie de parvenir à ses fins, sans coût. L’acte est libéré de toute contrainte humaine et par conséquent, il devient enfin un acte de barbarie pure qui peut être qualifié de parfait. Un crime sans châtiment est un crime parfait pour les génocideurs. C’est sur ce point qu’ils axent leur stratégie. La perfection permet la réalisation du concept sans résistance de la réalité. Il n’est donc pas étonnant d’observer une telle manie dans le propos des génocideurs. Leur recherche de la perfection du crime est une question de fondement. Tout le futur du crime est basé sur le changement irréversible opéré par le génocide. Aussi la reconnaissance représente pour ces bourreaux, un retour en arrière. Ce retour vers le futur est tout simplement impensable car il remet en cause l’ensemble de l’édifice de la barbarie. La reconnaissance met à mal l’idée même de modèle. Elle accuse à travers son existence le modèle, le guide, le conducteur du crime le plus inhumain. Elle place dans la même catégorie ces personnes à visage humain que nous nommons Hitler, Staline, Kemal… La reconnaissance ne recherche pas le pardon, mais uniquement le châtiment, car sans ce dernier l’humanité ne peut pardonner l’horreur. La reconnaissance, c’est l’honneur de l’esprit humain dans le champ de la barbarie.







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