Sur l’invisible de la Joconde de Leonardo da Vinci

N. Lygeros




Lorsque nous examinons le tableau de la Joconde de Leonardo da Vinci, nous nous contentons bien souvent de n’observer que le visible. Alors qu’une des caractéristiques du maître de la Renaissance, c’est le véritable travail de mettre en scène pour placer le décor de sa storia. Il exploite toute la technique pour concevoir son œuvre d’art. Aussi il n’est pas étonnant que l’armature de sa sculpture mentale soit si complexe pour parvenir à un tel résultat.

« Les attitudes de la tête et des bras sont infinies, et je ne me chargerai pas d’en donner une règle, sauf qu’elles soient faciles et agréables, avec divers angles et torsions, avec les articulations déliées, afin que les membres ne paraissent pas de bout de bois. »

La lecture de ce genre de conseils ne permet pas de démontrer de manière effective l’efficacité et la puissance des manuscrits par rapport à l’œuvre étudiée. Cependant cela est suffisant pour se douter qu’il existe certainement des passages extrêmement précieux quant à l’exécution du tableau. Il en est ainsi de l’extrait suivant qui va dans le sens que nous avons mis en évidence et dont avons besoin pour mieux comprendre la Joconde.

« Ne fais jamais tourner la tête d’une figure du même coté que la poitrine, et que son bras ne soit pas parallèle à sa jambe, et si la tête est tournée vers l’épaule droite, qu’elle ait sa partie gauche plus basse que la droite ; et si tu fais la poitrine tournée vers l’extérieure, que les parties du coté droit soient plus hautes que celles de gauche. »

Cet ensemble de précisions dans la posture du modèle peut sembler quelque peu artificiel, si nous ne tenons compte que du résultat final du tableau. En réalité nous aurions la même réaction face au travail du metteur en scène par rapport au spectateur que nous aurions assisté. Leonardo da Vinci est extrêmement méticuleux et pointilleux car il recherche une sorte de perfection de la beauté du tableau. Aussi rien n’est laissé au hasard même si ce rien demeure invisible au premier abord. En étudiant les manuscrits de Leonardo da Vinci, il est possible de comprendre ce que nous ne regardons pas afin de la voir. Nous avons accès au modèle mental de l’artiste alors que nous n’examinons que sa projection réelle.

« Et fais toujours les figures de sortes que la direction de la tête ne soit pas la même que celle de la poitrine, car la nature a crée pour notre commodité le cou, qui se tourne aisément dans plusieurs directions lorsque l’œil veut considérer divers endroits, et les mouvements des autres articulations sont en partie soumis au même but. Et si tu peins une figure assise, dont les bras auraient quelque chose à faire latéralement, fais de sorte que la poitrine tourne sur les hanches. »

Avec ces commentaires, il est tout simplement impossible d’analyser le tableau de la Joconde de manière statique. Comme il est impensable de ne pas réfléchir aux parties invisibles du tableau.








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