Sur le Vishap en Artsakh

N. Lygeros




En Artsakh, il y a des traces qui ne trompent pas. Ce n’est pas qu’elles n’existent pas en Arménie, seulement elles sont plus présentes en Artsakh. Le temps y est sans doute pour quelque chose, à moins que ce ne soit l’humanité. Il faut dire que le crime n’a pas été commis à cet endroit. Comme si le soleil des montagnes avait épargné le jardin noir. Cette terre n’avait pas été gorgée du sang des victimes d’antan.

La présence du Vishap s’est fait sentir beaucoup plus tard, lorsque cela fut nécessaire afin de libérer la terre des ancêtres. Car l’arménité ne pouvait tolérer un deuxième crime contre l’humanité. Aussi l’esprit du Vishap se fit sentir et son essence devint puissance. Il prépara d’abord la résistance. Car il savait que la meilleure défense, c’était l’attaque, mais aussi que la meilleure attaque, c’était la contre-attaque.

L’opération devait avoir lieu de nuit, même si les hommes n’étaient pas encore prêts à cela. Il fallait les entraîner à maîtriser la pierre à main nue malgré le froid et la mort. Il fallait gravir la paroi là où l’ennemi pensait que c’était impossible. Il fallait le vaincre là où il était invincible.
Le dragon entraînait chaque jour ses hommes pour les préparer à l’ultime assaut. Cette bataille ne devait pas seulement être symbolique, mais aussi décisive. Après celle-ci, les hommes du dragon pourraient libérer l’ensemble des territoires occupés.

Avant cela, ils devaient travailler leur mental car ils ne seraient pas épargnés. Les libres assiégés devaient prendre les ennemis à revers. Le Vishap commença par le récit des affres d’antan et à travers les souvenirs du dragon, les hommes se transformèrent en guerriers de la paix. Désormais, ils savaient le sens de l’arménité. Même à un contre dix, ils lutteraient pour soulager leur peuple de l’ignominie du joug. L’intolérable n’existerait plus dans leur conscience. Ils sentaient en eux, la puissance du Vishap. Il serait avec eux jusqu’au bout sans retour en arrière.

C’était le moment d’aller de l’avant. Le temps était avec eux et la nuit, noire comme l’occupation. Ils devaient faire vite pour créer un effet de surprise fatal. Le Vishap avait emporté la puissance de feu de l’autre côté de la paroi. Des hommes à la trempe d’acier montaient à mains nues l’histoire des pierres qui avaient supporté durant des décennies la présence de l’ennemi. Ce dernier ne se doutait de rien car son assurance n’avait d’égale que sa suffisance. Lui qui avait semé la mort sur tout le territoire allait enfin la connaître. Car la paroi n’était plus un obstacle pour les hommes du Vishap. Dans la nuit, le crépitement des armes couvrit les cris désemparés des ennemis. Il ne restait plus rien après le passage de la liberté. Ensuite vint la puissance du feu pour sceller le sort des occupants.

Incapables de résister, habitués à s’agenouiller devant la terreur d’une porte qui n’était sublime que par son horreur, ils furent incapables de tenir une position imprenable. Sans grandeur, sans envergure, ils furent contraints de se rendre à l’évidence d’une défaite impensable. Les rêves avaient pris leur revanche. Les hommes du dragon étaient enfin libres. Telle avait été la raison de la présence du Vishap en Artsakh. Une fois cette mission accomplie, les traces du Vishap devinrent plus nombreuses car l’esprit du dragon protégeait à nouveau la terre des ancêtres.

 



 


Sur le Vishap en Artsakh







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