Lettre d'Evariste Galois adressée au Président de l'Académie des Sciences de Paris

N. Lygeros




Monsieur le Président,

J’ose espérer que MM. Lacroix et Poisson ne trouveront pas mal que je rappelle à leur souvenir un mémoire relatif à la théorie des équations dont ils ont été chargés il y a trois mois.

Les recherches contenues dans ce mémoire faisaient partie d’un ouvrage que j’avais mis l’année dernière au concours pour le grand prix de Mathématiques, et où je donnais, dans tous les cas, les règles pour reconnaître si une équation était ou non résoluble par radicaux. Comme ce problème a paru, jusqu’ici, sinon impossible, au moins fort difficile aux géomètres, la commission d’examen jugea A PRIORI que je ne pouvais avoir résolu ce problème, en premier lieu, parce que je m’appelais Galois, de plus parce que j’étais étudiant; et l’on me fit savoir que mon mémoire était égaré. Cette leçon aurait dû me suffire. Toutefois sur l’avis d’un honorable membre de l’Académie, je refis en partie mon Mémoire et vous le présentai. Vous voyez, Monsieur le Président, que mes recherches ont subi jusqu’à ce jour à peu près le même sort que celles des quadrateurs. L’analogie sera-t-elle poussée jusqu’au bout ? Veuillez, Monsieur le Président, me faire sortir d’inquiétude, en invitant MM. Lacroix et Poisson à déclarer s’ils ont égaré mon mémoire ou s’ils ont l’intention d’en rendre compte à l’Académie.

Agréez, Monsieur le Président, l’hommage de votre respectueux serviteur,

E. GALOIS.

Le 31 mars 1831







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