Sur les croix nouées d'Arménie

N. Lygeros




En Arménie, nous ne nous contentons pas de mourir, nous tissons la mort dans la pierre pour donner vie à la mémoire. C’est cette mémoire que nous voyons sur les précieuses croix nouées d’Arménie. Ces fleurs de pierre ne poussent que là où l’humanité parvient à vaincre la barbarie. Ces victoires sont certes éphémères pour les sociétés qui se croient immortelles. Cependant si nous réalisions combien de sociétés immortelles voient les croix nouées, nous saurions ce à quoi il faudrait enfin donner de l’importance. Le tuf n’est pas seulement une pierre tendre comme nous le pensons partout ailleurs. Il sert aussi à ciseler des croix. Mais il ne faut pas y voir seulement un symbole religieux. Car ces croix ont un passé dans l’arménité. Elles ne sont pas nées du néant. En réalité, elles représentent l’évolution de l’esprit Hay et constituent les souvenirs du dragon. Car le peuple arménien n’est pas uniquement un peuple de victimes et de survivants, comme le voudraient les plus ouverts d’esprit des fanatiques de l’oubli. L’arménité n’est pas l’acceptation d’une condition. Elle est bien plus que cela. L’arménité est une branche de l’humanité et par conséquent, elle est amenée à se révolter si quelqu’un ose bafouer les droits de l’homme. Sa tolérance n’a rien à voir avec l’acceptation et encore moins avec la soumission. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons nous contenter de regarder en simple spectateur la destruction de nos cimetières qu’ils soient ou pas sur le territoire arménien actuel. Les criminels qui s’en prennent à nos morts n’insultent pas seulement l’arménité, mais à travers elle toute l’humanité. Il est donc de notre devoir de lutter contre cette nouvelle sorte de génocide de la mémoire. Le peuple arménien a des droits et ces derniers doivent être utilisés de manière efficace. Il ne suffit pas d’avoir raison pour que justice soit faite. Il faut se battre pour revendiquer l’essence. C’est pour cela que le peuple arménien a besoin de guerriers de la paix pour défendre la mémoire des terres. Il faut apprendre à résister comme les dragons de l’antiquité. Tel est le message des pierres, telle est la parole des croix nouées. Si elles demeurent silencieuses, c’est parce que l’essentiel a été dit mais il reste à faire. À l’instar des gisants, les croix nouées n’oublient rien. Elles sont une mémoire vive capable de blesser les hommes car elles ont le poids de l’humanité. Voila pourquoi elles ont toutes le même poids. Voila pourquoi chacune d’entre elles représente une histoire, une corde du temps liée aux entrelacs de l’arménité. Fichées dans la terre, en direction du ciel, elles montrent la voie Hay, l’esprit et la transcendance. C’est aussi la cause de leurs souffrances. Leur existence même est un symbole de résistance. C’est ceci que nient les fanatiques et les barbares de l’oubli. Ils veulent faire une croix dessus, alors que ce sont les croix qui ont le dessus. Placées entre terre et ciel, sur cette mince écorce où vit l’humanité, les croix nouées sont une épreuve. Il faut la passer pour réaliser où se trouve l’essence d’une vie. Aussi ne nous contentons pas de voir dans les croix nouées de simples œuvres d’art ou des symboles religieux. Au delà de ces caractéristiques, les croix nouées ont une fonction. Elles nous montrent ce que nous devons accomplir. Seulement c’est à nous que revient l’accomplissement de cette œuvre.











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