Autour d'un verre d'absinthe

N. Lygeros




- Bonjour, je m’appelle Vincent van Gogh.
- Je suis désolé Monsieur, je ne vous connais pas.
- Je m’en doutais. Un temps. La raison de ma venue est autre.
- Alors pourriez-vous me la présenter ?
- Deux mots suffiront à vous toucher.
- Vraiment ?
- Je le crois.
- Je vous en prie alors.
- Bon Samaritain !
- Delacroix ?
- J’ai l’impression que nous partageons la même admiration.
- Ce point commun, sera-t-il, selon vous, le commencement ou la fin ?
- Ce sera à vous de le décider.
- Je n’en ferai rien, avant de vous laisser poursuivre.
- Nous sommes tous les deux sensibles à sa richesse chromatique.
- Il est vrai que ses coloris sont dégagés des contraintes des écoles.
- À travers le primat de la couleur se dégage la liberté d’exécution.
- Que pensez-vous de sa fluidité et de la rapidité de sa touche ?
- Elle est essentielle, selon moi. Et vous, qu’en dites-vous ?
- Vous êtes dans le vrai. Silence. Je...
- Oui ? Un temps. Surtout n’hésitez pas.
- Je voudrais vous offrir un verre absinthe.
- J’en prendrai un volontiers.
- Mon entourage trouve que j’exagère.
- L’art n’est il pas une exagération.
- Nous devons tout de même nous méfier des excès.
- Pourtant, votre vision n’est-elle pas servie par une matière généreuse et des touches épaisses ?
- Comment pourrais-je dire le contraire ?
- Votre écriture nerveuse ne s’appuie-t-elle pas sur l’emploi d’une gamme chromatique ou domine des bruns ponctués de taches de couleur pure ?
- Je vois que vous avez étudié mon travail.
- Votre œuvre constitue un modèle pour moi.
- Vous êtes bien la seule personne à agir de la sorte.
- Vous m’en voyez surpris !
- La bourgeoisie est sans surprise.
- Comment ?
- Ici tout doit être compris ou rejeté !
- Mais l’exceptionnel !
- Ce doit rester une exception.
- Alors buvons ensemble à la couleur de l’exceptionnel !







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