Sur la symbolique de l’Artsakh

N. Lygeros




Papik et Tatik.

Deux hommes ? Non, un couple.

Deux jeunes ? Non, une vieillesse.

Deux corps ? Non, un front.

Quel est le sens de tout cela ? Le raisonnement par l’absurde.

Quelle est l’idée de tout cela ? La dignité humaine.

C’est avec ces questions que nous avons voulu aborder la symbolique de l’Artsakh afin de montrer que le connu est méconnu et que l’inconnu mérite d’être connu.

L’Artsakh a résisté. Seulement qui le sait ?

L’Artsakh est libre. Seulement qui le comprend ?

Pour savoir l’importance de la chose, il faut prêter attention aux choses. Si nous ne saisissons pas les détails de la mort, il est inutile de donner de l’importance à la vie qui n’est qu’un détail.

Pour l’Artsakh, les détails commencent en Arménie. Les gens du peuple vous disent que c’est loin et c’est différent. Et il est inutile de chasser ces idées de votre esprit lorsque vous vous trouvez dans le car qui vous transporte pendant sept heures de la terre des pierres dans le haut jardin noir. La géographie commence son cours de géostratégie pour qui veut bien l’écouter. Car sans cette géographie, il est impossible de comprendre l’humanité. Et sans nos montagnes, il est difficile de nous comprendre.

Sur la route qui mène à Stepanakert, il est facile de saisir la subtilité du paradoxe. La difficulté de l’accès se transforme peu à peu en accès au difficile. Ce dernier apparaît clairement avec la découverte des têtes orange plantées dans la terre rouge sous le ciel bleu. Elles sont là immobiles dans l’espace comme pour mieux traverser le temps. Elles ne regardent pas, elles voient. Elles ne montrent pas, elles démontrent. Leur existence n’est que sens et leur essence, quintessence de l’arménité. Elles ne disent rien sur le passé car elles s’adressent à l’avenir. Elles ne parlent pas aux Arméniens, car elles préviennent l’ennemi. Leur vie tout entière n’est qu’un but et leur but c’est de vivre, malgré tout et malgré tous.

Cependant ce n’est pas sur ce lieu que nous comprenons réellement la symbolique. La naissance ne suffit pas, il faut la connaissance or celle-ci se trouve ailleurs. Car c’est dans la ville de Stepanakert que se trouve l’explication de l’énigme de l’Artsakh. Pour la pénétrer, il faut atteindre la porte en bois entièrement sculptée par la tradition. Là, dans le Musée de l’histoire de l’Artsakh, il est possible de voir nos grands-parents en habits traditionnels. Mais il ne faut pas commettre l’erreur de ne voir que l’aspect muséologique de la chose. Sinon, nous risquons de ne pas comprendre la sémantique de cette syntaxe.

Ce n’est pas nous qui regardons les grands-parents, ce sont eux qui nous regardent. Ils nous ont appris la résistance et le sacrifice et ils attendent sans espoir, l’enseignement de la liberté. Ils ont vécu car ils étaient condamnés, et ils nous ont donné naissance car ils devaient mourir. Cependant ils étaient incapables de renier le serment donné à nos montagnes. Aussi ils se devaient de les regarder, même après.

Ainsi l’artiste décida de leur rendre hommage avec sa sculpture. À présent, c’est à nous de rendre cet hommage. Car sans notre action, c’est la capitulation et avec elle, la décapitation de la pierre. La symbolique de l’Artsakh nous laisse le choix de l’interprétation. Selon notre volonté, nous voyons en Papik et Tatik, soit deux êtres abandonnés, soit les constituants de l’arménité qui ont décidé de ne pas céder notre terre en tant que Hays libres.





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