Sur l’importance de l’analogie dans l’œuvre de Leonardo da Vinci

N. Lygeros




Il n’est pas aisé d’expliquer l’importance de l’analogie dans l’œuvre de Leonardo da Vinci sans comprendre son approche de la beauté. Il nous faut l’analyser comme un schéma mental de sa vision synthétique de la nature. Il travaille avec l’analogie pour manipuler non seulement l’induction et la déduction mais aussi l’abduction. Son approche géologique de la Terre est de ce type. En examinant le Codex Leicester, devenu le Codex Hammer en 1980, il est difficile de rester insensible à l’analogie que nous qualifierons de nos jours, d’écologique. C’est une vision globale qui est entièrement conçue sur une analyse formelle.

« Rien ne naît là où il n’y a pas de vie sensitive, végétative et rationnelle [...] ».
Cette affirmation va fonctionner chez Leonardo da Vinci comme un axiome.

« [...] les plumes naissent sur les oiseaux et se changent tous les ans [...] »
C’est l’initialisation du processus inductif de l’analogie formelle.

« [...] les poils naissent sur les animaux et se changent tous les ans, sauf quelques parties, comme les poils des moustaches des lions et des chats, etc. [...] ».
Il modifie quelque peu l’analogie pour supporter l’exception conceptuelle locale.

« [...] les herbes naissent sur les prés et les feuilles sur les arbres, et se renouvellent en grande partie chaque année [...] ».
Cette fois l’exception une fois absorbée devient renforcement de l’analogie.

« [...] Nous pouvons donc dire que la terre a une âme végétative [...]. »
Il ne s’agit plus d’une affirmation ou d’un postulat comme c’était le cas initialement mais d’une véritable proposition qui vient conclure un enchainement d’analogies.

« [...] et que sa chair est le sol, et ses os les séquences de rochers dont se composent les montagnes, son cartilage est le tuf et son sang les cours d’eau. [...] ».
L’énumération représente l’extension du noyau analogique initial.

« [...] Le lac de sang qui entoure le cœur est l’océan, et sa respiration et la montée et descente du sang dans le pouls sont, de même, dans la terre, le flux et le reflux de la mer [...] ».
L’analogie n’est plus seulement structurelle mais aussi fonctionnelle.

« [...] et la chaleur vitale du monde est le feu infusé à la Terre, et le siège de l’âme végétative est les feux qui palpitent en plusieurs endroits dans les bagnes et mines de cuivre, dans les volcans et au mont Etna en Sicile, et en beaucoup d’autres endroits ».
De cette manière nous voyons combien l’analogie est un outil puissant dans la pensée de Leonardo da Vinci. Il exploite des analogies de son modèle mental afin de construire une véritable théorie mentale qui lui permet non seulement d’interpréter le monde en devenir mais aussi de concevoir son avenir.

L’analyse ne constitue donc pas une fin en soi mais un outil cognitif capable de tailler dans les matières premières de l’intelligence du monde, afin d’élaborer une architecture invisible à travers ses manuscrits dont la partie visible est réalisée par les tableaux du maître qui constituent en quelque sorte l’évidence de l’analogie dans la réalité rendue humaine.







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