L’architecture du ciel

N. Lygeros




Il est difficile de penser le ciel sans le doter d’une structure capable de supporter la grande stratégie. Certes cela ne veut pas dire pour autant qu’il soit dépourvu d’éléments d’ordre tactique. Néanmoins la nature du front aérien nécessite d’être élargie afin qu’elle ait la capacité d’absorber la profondeur stratégique. En termes d’architecture proprement dite, le ciel représente l’accomplissement d’un idéal à savoir conceptualiser le vide. Cela permet à la stratégie de le rendre non seulement dynamique, mais aussi potentiel. Cette approche n’est pas seulement due à l’avionique mais à l’aéronautique au sens large à laquelle il est nécessaire d’associer la contribution balistique des forces terrestres. Le ciel a vu ainsi sa nature évoluer. Initialement considéré comme un bord, le ciel est devenu un intermédiaire afin de se transformer par la suite en moyen. Puis ce medium s’est métamorphosé en pont. Désormais, il représente l’arme la plus puissante via la puissance nucléaire qui combine célérité et impact, choc et feu. Par conséquent l’architecture du ciel est elle-même stratégie mentale car elle n’est visible qu’à travers la perception cognitive. Cela signifie aussi que ce modèle mental fonctionne comme paradigme pour une théorie mentale de l’espace. Néanmoins afin de conserver notre ligne de pensée, revenons au problème de la structure de l’architecture du ciel sans nous préoccuper de savoir si elle est transposable ou transportable. Aussi la question naturelle est celle des fondations de cette architecture. Une de ses fondations, c’est la possibilité de voir la distance invisible. Tel un complémentaire de phare, le radar scrute l’invisible qui doit le caractériser. Il doit donc fonctionner de manière asymétrique du point de vue électromagnétique. Ce point est d’ailleurs essentiel pour les avions eux-mêmes. Ceci met en évidence une autre propriété évolutionniste qui permet d’entrevoir l’avenir dans ce domaine. Le ciel a rendu nécessaire tout d’abord, l’étude de la mécanique, puis de la cinématique, ensuite de la mécanique des fluides, plus tard de l’aérodynamisme et enfin l’électromagnétisme. En d’autres termes, l’étude de la physique a évolué pour aller du visible à l’invisible et s’enfoncer plus récemment dans le domaine du codage via la cryptographie. La nature caméléonienne de la guerre a rendu nécessaire l’utilisation de techniques de pointe basées sur les acquis de la physique théorique et des mathématiques. Aussi il ne faut pas être surpris par l’entrée de la cryptographie quantique dans le ciel. C’est encore l’un des paradoxes de la physique qui est habilement exploitée par la stratégie aérienne à savoir : pour voir plus loin, il faut percevoir la profondeur, aussi pour voir grand, il faut examiner le petit. L’architecture du ciel est un ensemble cohérent de détails de ce type qui fonctionne comme les éléments d’une symphonie en musique, d’une théorie en mathématiques. Après tout, n’est-ce pas la caractéristique d’une cathédrale où vivent les innombrables détails dans un seul but, donner un moyen à l’homme d’accéder à l’invisible. Cela nous fait aussi prendre conscience qu’en termes d’architecture du ciel, nous n’en sommes qu’au commencement car la masse n’a pas encore donné toute son énergie dans ce domaine.







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