Réflexions sur la perception d’Albert Camus

N. Lygeros




L’étude de l’œuvre d’Albert Camus ne permet pas de se rendre compte de la manière dont il est perçu par la société actuelle. Une de nos interventions en France nous a permis de constater le décalage entre le créateur et son public post mortem. Paradoxalement, à moins que ce ne soit finalement absurde, Albert Camus demeure un étranger au sens étymologique du terme. Encore de nos jours dans certains partis, il est considéré comme un pestiféré et seul son prix Nobel de littérature l’immunise contre les attaques fallacieuses. Quant à son esprit méditerranéen, il est dilué dans un cadre imprécis qui demeure un fourre-tout. C’est à croire que le premier homme, selon ses propres termes, finit après l’intervention de la société par devenir le dernier homme. En d’autres termes la société accepte l’humanité de ce penseur à condition qu’il soit le dernier. Aussi elle en arrive à douter de son intégrité intellectuelle sur le plan social car des textes comme Le Mythe de Sisyphe ou L’homme révolté, posent des problèmes de fondements pour la société actuelle. Fort heureusement pour elle, ces livres sont peu lus et L’étranger qui est une œuvre mineure demeure le point de référence au niveau mondial. Ainsi Albert Camus n’est ni inconnu, ni méconnu mais mal connu. La société le confond aisément avec un petit révolté et ne veut voir l’aspect révolutionnaire de l’esprit camusien. Elle aime à restreindre son envergure d’intellectuel à son talent littéraire. Cependant Camus n’était pas Proust comme il n’était pas Sartre. Il n’était ni désintéressé ni intéressé. Son engagement politique n’est pas de circonstance, il correspond à une nécessité intrinsèque et non à une pression sociale. La meilleure preuve en est que son opinion n’a jamais été celle de l’opinion. On peut l’accuser de naïveté politique ou pire de sincérité mais en aucun cas de démagogie. Il ne tentait pas de convaincre les foules pour les rallier à sa cause. Il se contentait de défendre une cause qu’il considérait juste. Sa ligne de conduite était dirigée par la nécessité de transcender l’absurde de la réalité. Aussi la perception de la société quant au sujet de Camus est fondamentalement fausse à la base. La société actuelle ne respecte pas Camus en tant que personnalité mais seulement en écrivain célèbre par son livre L’étranger qui a reçu le prix Nobel de littérature. Elle tente de l’assimiler à une sorte de pacifiste béat sans tenir compte de son activité au sein du journal Combat et plus généralement durant la résistance contre l’occupant nazi. Elle tente de le placer hors contexte dans la guerre sans nom alors qu’il était un enfant du pays qui connaissait chaque endroit de cette terre qui l’a vu naître. Ses propositions d’alors sont considérées comme utopiques. Tandis que ce sont les mêmes que nous tentons de mettre en place, et ce, à l’échelle de l’Union Européenne. Car qui osera à l’heure actuelle comparer Camus avec Schumann ou Adenauer dans le cadre du projet de l’Union Méditerranéenne ? Personne qui n’appartienne à un parti politique de droite comme de gauche.







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