La reconnaissance vient toujours après la réalité

N. Lygeros




Certaines notions semblent abstraites au premier abord et certains schémas mentaux, complexes. Il existe pourtant des entités qui réalisent ces concepts. C’est à nous qu’il revient de le saisir sans attendre une explication supplémentaire de leur part.
Si l’on veut vivre, il faut d’abord survivre mais cela n’est pas suffisant, surtout dans le contexte géostratégique. C’est pour cette raison que la réalité semble bien souvent n’être qu’une utopie, aussi il n’est pas étonnant que la reconnaissance vienne toujours après la réalité. Alors que nous étudions les oppositions formelles entre l’auto-détermination des peuples et l’intégrité territoriale, nous ne nous rendons pas compte qu’un peuple comme celui de l’Artsakh a déjà résolu ce problème et que son véritable problème n’est plus de survivre comme le croient certains spécialistes mais comment vivre et créer dans le contexte géopolitique. Certains diplomates se contentent d’affirmer que la notion de guerre non achevée, est une erreur de point de vue, afin de nous convaincre mais il ne persuadent qu’eux-mêmes. D’autres affirment à leur tour qu’une guerre de type blitzkrieg est actuellement impossible. Cependant, ils ne se rendent pas compte que le maillon faible de cette proposition, ce n’est pas le mot impossible mais le mot actuellement. A ces géopoliticiens, qui ne saisissent guère les schémas mentaux de la géostratégie, il suffit de leur poser la question suivante pour avoir en réponse un long silence. La prise de Stépanakert, et uniquement de Stépanakert permet-elle de paralyser l’ensemble de l’Artsakh ? Si nous ne réalisons pas que Stépanakert représente un point non seulement essentiel mais avant tout critique pour la structure de l’Artsakh, toutes ces considérations géopolitiques ne sont que des foutaises de diplomates. Or la défense de Stépanakert se base essentiellement sur le contrôle efficace mais surtout robuste de la région d’Aghdam. Aussi nous nous devons d’être extrêmement vigilants quant aux propositions du groupe de Minsk à ce sujet. Dans le cadre de la conférence internationale sur les perspectives de l’Artsakh, quatre facteurs ont été mis en évidence par l’ex-ministre des Affaires étrangères arménien : l’attitude internationale, l’intérêt des pays, la situation politique interne et la prédictivité de la diplomatie. Cette perception des choses a tendance à mettre en avant les raisons extrinsèques par rapport aux raisons intrinsèques de l’existence de l’Artsakh. De plus, cela sous-entend que l’Artsakh n’est qu’une sous variété de l’arménité sans tenir compte de son caractère singulier. Or l’histoire de l’Artsakh démontre le contraire. La résistance de l’Artsakh provient avant tout de l’intérieur. Certes sur le plan dynamique et au niveau géographique, nous avons trois attracteurs à savoir la Russie, la Turquie et l’Iran ce qui provoque une instabilité locale. Néanmoins celle-ci n’est pas générale. En effet, il est possible d’appliquer le théorème de Ramsey pour montrer l’existence d’une sous-structure stable mais dans ce nouveau contexte la singularité contrôle son voisinage et devient un élément caractéristique de l’ensemble de la variété. Il nous faut donc mieux saisir les caractéristiques internes de l’Artsakh et ce dans un contexte géostratégique si nous voulons réellement aider son peuple et plus nous contenter de considérations si générales qui n’ont aucun sens dans cette configuration spécifique. L’Artsakh est un paradigme et non un exemple.







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