Au nom de la rose

N. Lygeros




Le Moyen-Âge n’en finissait pas de mourir et avec lui les mentalités des siècles qui n’avaient connu la lumière que de manière lointaine. Le comte avait tout cela en tête avant de livrer cette nouvelle bataille de la mémoire dans cette guerre du temps. Il faudrait encore de nombreux sacrifices pour que jaillît enfin la lumière de la connaissance. Le monde n’était pas prêt à soulever son poids. Il s’enlisait dans la vanité du certain et la certitude du vain. Dépourvu de toute vision, le rêve ne pouvait être qu’un cauchemar pour la noblesse. Le peuple ne pouvait plus croire en rien. Et pourtant avec le sacrifice de la pucelle, le monde avait changé. Certes il n’était pas facile de percevoir les signes de cette lueur. Néanmoins, le rêve devenu cauchemar, allait prendre fin, même si cela n’était pas pour le lendemain. D’ailleurs comment savoir si le lendemain existerait sans le vivre, ou plutôt sans mourir pour lui. Le partage du temps était dur mais il était juste car il était nécessaire pour l’humanité. Il fallait des lumières pour chaque siècle, sinon le lendemain ne pouvait être assuré. Maintenant il avait fallu se partager à nouveau mais cette fois dans l’espace. Chacun avait une mission à remplir dans les territoires occupés. Et le comte était encore une fois seul. C’était l’unique moyen d’activer le réseau de la résistance et d’encourager le peuple en proie au plus grand des désarrois. Il avançait à découvert car il n’avait plus rien à cacher. Le peuple français devait savoir pour Orléans, le peuple français devait apprendre pour Reims. Ils devaient tous annoncer la fin de l’occupation et de la suprématie anglaise, au nom de la rose. Car dans la boue de la glèbe, au sein du fracas des armes, il y avait la rose. Sans cela la vie ne méritait d’être vécue. Cependant, seuls les amis intimes pouvaient voir dans le comte, dans le maître de guerre, le chevalier à la rose. Il avait encore dans la paume, l’essence de celle-ci et sur la bouche, le goût des pétales à peine entrouverts. Personne ne le pouvait savoir, sans le connaître. Il aurait fallu naître avec lui pour être initié. Et cela, seuls ses amis avaient pu le faire. Aussi dans cette guerre du temps, où l’humanité livrait bataille avec la bestialité, la lumière continuait d’illuminer les ténèbres. Les siècles noirs n’avaient pu éteindre cette flamme. Car le feu ne pouvait brûler la lumière. Pourtant la mort était encore nécessaire avant la renaissance de l’humanité. Aussi il fallait tenir à tout prix et c’était dans la rose que le chevalier puisait toute sa force dans ces instants, ces moments d’éternité. Le comte devait monter sur Paris. Il n’y avait pas d’autre solution pour anéantir l’attaque de l’ouverture anglaise. Néanmoins, il se devait d’éviter une attaque frontale car l’ennemi était puissant et sur ses gardes. Les stratagèmes du maître de guerre ne seraient pas superflus dans cette nouvelle prise. Il contemplait la beauté de son pays malgré les atrocités des champs de bataille. Il continuait de résister malgré la dureté de ces innombrables hivers. Aussi lorsqu’il décela les premiers signes du printemps, son coeur se remplit de joie car même la nature se préparait à la libération de la terre. Et les senteurs des fleurs embaumaient déjà le chemin du chevalier à la rose. Voilà pourquoi le comte se hâtait de monter à la capitale.







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