La brisure de l’arc

N. Lygeros




La pucelle avait annoncé quatre événements, pas un de plus, pas un de moins : la libération d’Orléans, le sacre du roi à Reims, la libération de Paris et la libération du duc d’Orléans. Personne n’y avait vraiment prêté attention avant la réalisation du premier. Seulement après l’exploit de la bannière blanche frappée de la fleur de lys, comment ne pas avoir à l’esprit ces quatre événements. Il ne manquait que le cinquième, pensa le comte. Celui-ci serait son accusation. Elle serait coupable d’être apostate, blasphématrice de Dieu et des Saints, devineresse, hérétique et schismatique. Tel serait son lot pour son sacrifice. Ce serait bien sûr, un procès qualifiable de calomnie, corruption, dol, fraude et malice, seulement cela ne changeait rien au présent. Il fallait donc agir non pour changer l’histoire car la justice finirait par être donnée, mais le cours du temps. Sans la brisure de l’arc, le joug anglais serait toujours présent sur la terre de France. Le comte et ses frères d’armes se devaient donc d’accentuer à leur comble, les effets du changement de phase. Telle une vague, l’impact devait se propager sur toute la France et surtout les territoires occupés. Il fallait réaliser le cinquième événement ainsi qu’il serait annoncé par la pucelle \"Sur l’amour ou la haine que Dieu porte aux Anglais, je n’en sais rien, mais je suis convaincue qu’ils seront boutés hors de France, exceptés ceux qui mourront sur cette terre.\" La préparation du terrain était imminente et la semence urgente, sans cela le sacrifice serait à perte. Le moment était venu de se disperser sur l’ensemble des territoires occupés afin de multiplier l’impact initial. Chacun d’entre eux choisit une destination afin de mettre en place la tactique conçue par le comte. Chacun serait responsable de tous. Les adversaires étaient prêts à assassiner avec une épée d’emprunt. Ils tentaient d’exploiter le principe du maître chinois. Mais la lettre ne suffisait pas sans l’esprit. Les trente-six stratagèmes n’étaient pas une simple recette, l’art de la guerre nécessitait la maîtrise des sens. Et cela devait se faire avec l’accord du temps. Or le temps avait choisi le camp de la justice. Le comte devait donc éviter l’intervention d’un tiers, à moins que ce ne fut dans le bon sens. La contre-attaque avait commencé mais le pays était encore sur la défensive car il ne le savait pas encore et il se tenait arc bouté. Un peuple tout entier attaché à sa terre, attendait la nouvelle de la résurrection. Seulement celle-ci ne viendrait qu’après la crucifixion. La croix était désormais en place. Elle servirait de bûcher. La nouvelle barbarie avait remplacé l’ancienne, mais toujours à la recherche du même résultat, à savoir la souffrance et la mort de la victime. Comme l’ennemi était partout, il fallait faire de même. Le comte avait repensé aux frontières. Il recherchait l’aide de la nature, car seules les frontières naturelles avaient un sens dans l’absurde de la guerre. La France avait besoin de la côte atlantique, de toute la côte. Les Anglais ne respectaient pas le principe de connectivité. C’était une faiblesse dans leur stratégie temporelle. Ce point n’avait pas échappé au comte et il s’en était servi dans sa stratégie mentale. Les frères d’armes ne se contenteraient pas de soulever le peuple. Chacun à sa manière serait une mine. Le travail en profondeur était le seul à atteindre le ciel. La contre-attaque serait diffuse afin de n’être que difficilement perceptible par l’adversaire qui n’avait pas encore pris conscience de l’échec de son attaque. Le chêne attendait le retour du maître car il savait désormais qu’il reviendrait.







free counters


Opus