"Celui qui néglige de punir le mal aide à sa réalisation."

N. Lygeros




Certains doutent encore de l’efficacité de la pénalisation de la non reconnaissance du génocide des Arméniens. Ils s’interrogent de manière formelle sur la nature des droits de l’homme sans se rendre compte qu’ils insultent les droits de l’humanité. Faut-il donc écrire la déclaration des droits de l’humanité pour que les hommes comprennent enfin son essence? Ne suffit-il pas de lire certaines phrases du maître de la Renaissance et entre autre celle-ci : "Celui qui néglige de punir le mal aide à sa réalisation.", pour comprendre la nécessité de la pénalisation. La faiblesse de la société se contente d’affirmer qu’elle se préoccupe des droits car elle se sent incapable de revendiquer ces droits. Pourtant nous savons que la neutralité n’aide que les bourreaux, alors pourquoi ne pas protester contre cette tolérance de pacotille et exiger l’arrêt du génocide de la mémoire? Les forces nous manquent-elles ou sommes-nous habitués à la couardise sociale? Peu importe, l’essentiel est ailleurs. Les victimes du génocide demeurent et elles n’ont personne d’autre que nous pour les aider à ne pas mourir une seconde fois. Car les bourreaux demeurent inchangés. Ils continuent à revendiquer leur génocide. Ils refusent de se remettre en cause et afin d’éviter le châtiment, ils tentent de nous convaincre que le crime n’a jamais existé. Pourtant le crime contre l’humanité a existé et un million et demi d’hommes sont morts pour permettre la constitution d’un état autoritaire et épuré. Seulement cette épuration ne peut rester impunie dans la mémoire des hommes. Aussi dans le cadre du processus de réparation, la pénalisation est nécessaire. Certains cyniques trouvent sans doute la phrase de Leonardo da Vinci, simpliste. C’est qu’ils confondent le simple avec le simpliste. La simplicité du schéma mental est d’une redoutable efficacité. À sa manière, elle devance la célèbre maxime d’Elie Wiesel et le fameux j’accuse d’Emile Zola. Elle ne donne pas de choix véritable à celui qui désire être véritablement humain dans ce contexte pourtant si extrême. Elle ne peut laisser indifférente, pas même la société car via sa déontologie, elle donne un sens téléologique à l’ontologie. Refuser d’agir de la sorte, c’est en somme, refuser la condition humaine. Albert Camus, selon Faulkner, disait que le seul rôle véritable de l’homme, né dans un monde absurde, était de vivre, d’avoir conscience de sa vie, de sa révolte et de sa liberté. Ne pas suivre le précepte de Leonardo da Vinci revient à remettre en cause tout cela, mais au profit de quoi? Du sentiment que l’indifférence et l’oubli engendrent le bonheur social? Seulement que faire de ce bonheur social, si nous n’avons plus d’avenir en tant que peuple car nous n’avons plus de passé? Pouvons-nous nous contenter de vivre dans un présent artificiel, où il n’existe ni crime, ni châtiment car tout est permis? Dans tous les cas, nous devons réaliser le fait que ces tergiversations psychologiques ne changent en rien la nature des choses. Même si nous ne vouons pas l’admettre, le génocide des Arméniens existe. Et il en est de même pour la négation turque. Aussi le changement de point de vue ne dépend-il que de nous. Si nous voulons offrir à nos enfants un monde qui ne soit pas dénué de sens, nous nous devons de combattre l’infamie, la barbarie et la perfidie des bourreaux, sans cela nous ne méritons pas la dignité d’être des hommes.







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