Sur le caractère invisible du génie universel

N. Lygeros




S’il est difficile si de définir de manière extrinsèque le génie universel, c’est qu’il est essentiellement invisible pour la société. Cette propriété est une conséquence de son aspect caméléonien. Si la société saisit bien la nature de l’enfant surdoué c’est qu’il ne sait pas se protéger. Il agit comme si tout le monde était comme lui, or ce n’est pas le cas. Par conséquent, il est repérable car il est gênant dans ses manières, en d’autres termes, il est visible par la société. Dans le cas du génie, les choses sont légèrement différentes en raison d’une confusion notoire. La société confond le génie avec le talent. Cela lui permet de le mettre à part, en tant qu’exception, en d’autres termes de le marginaliser. Le problème pour le génie universel vis-à-vis de la société, c’est qu’il ne représente pas seulement une singularité comme dans le cas du génie, mais une véritable anomalie, au sens mathématique du terme. La singularité est repérable en tant que déformation locale. Elle est perceptible pour son voisinage. Alors que l’anomalie qui déforme l’ensemble et ce, au niveau global, est difficilement repérable sur le plan local. En réalité, elle est semblable à tout sur ce plan-là. Une autre manière de l’exprimer, c’est de dire que le génie universel ressemble à tout le monde, seulement personne ne lui ressemble. Ce qui manque à l’espace local, c’est le point de comparaison. Au niveau local, aucune différence n’est perceptible. L’autre problème pour le génie universel vis-à-vis de la société, c’est l’ampleur et l’envergure de son œuvre. Nous avons bien souvent à utiliser l’image de l’Albatros de Baudelaire pour les enfants surdoués. Elle semble expliquer le problème mais elle n’aide pas réellement à sa résolution. Il ne suffit pas d’avoir des ailes de géant. Elles ne doivent pas être brisées, ni surtout plumées. Sans oublier que bien souvent la société les taille afin de contrôler le géant. Tandis que le génie universel ne se contrôle pas. Comment contrôler l’invisible? Comment gérer l’imprévisible? Les deux sont impossibles. Aussi la société ne peut que se contenter de dénigrer a posteriori. Seulement c’est trop tard. L’œuvre du génie universel a déjà transformé le monde et la société ne peut que vivre dans ce monde. De plus, son œuvre, une fois accessible aux autres, transforme les géants en tour, et cette tour est un véritable enchaînement de schémas mentaux qui permettent de définir la structure de la pensée de l’humanité. Cette structure est elle-même invisible à la société car cette dernière ne vit qu’à la surface des choses sans pouvoir en atteindre l’essence. Si le génie universel est invisible à la société, c’est qu’il est humain, trop humain pour celle-ci. Il ne faut pas voir seulement sa nature mais aussi la vision étriquée et conservatrice de la société pour comprendre son caractère invisible. Cette transparence n’est pas une inaccessibilité mais une incapacité de la part de la société. Ce n’est pas l’observé qui pose le véritable problème mais l’observateur. La société en tant qu’observateur ne peut voir le génie universel car elle ne peut comprendre son œuvre. L’étendue et la profondeur de celle-ci représentent un obstacle insurmontable. Aussi le génie universel ne peut être frappé d’interdit comme l’enfant surdoué ou le génie. Par contre, il peut être interdit d’exister en tant que notion. Ainsi malgré la certitude de la nature du génie universel de Leonardo da Vinci, ce dernier est bien souvent réduit à un génie aux talents multiples et ce, dans le meilleur des cas. Car bien souvent, il est considéré par la société comme un dilettante du savoir humain. Comme si la société ne pouvait supporter le caractère universel de son génie. Ne pouvant le comprendre, elle refuse de voir l’étendue du génie universel.







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