Le partage du pain

N. Lygeros




Le pain était encore tout chaud lorsque le comte le prit dans ses bras. Il avait été cuit dans la cheminée qui trônait dans la pièce où ils se trouvaient. En soulevant cette miche, il put sentir tout le poids de l’hospitalité. Cette famille qui les avait recueillis, ne connaissait rien d’eux. Ils auraient pu être des ennemis ou des bandits. Aucun indice n’avait pu l’aider pour découvrir leur identité. De plus, seul le comte avait parlé. Les deux cavaliers étaient restés muets. Il coupa le pain en tranches à la manière des paysans. Il s’était levé en signe de respect envers le corps du christ que cette famille était prête à partager avec ces trois inconnus. Une fois le partage fait, le comte ne put s’empêcher d’examiner les ornements de la cheminée. Ce n’était pas une famille de paysans qui habitait à cet endroit. C’étaient simplement des pauvres, des pauvres d’une ancienne noblesse comme le témoignaient les meubles et les pièces honorables des écus placés sur la cheminée de pierre. Il y en avait trois et ce signe ne trompait pas. Au centre, se trouvait la tour entourée de gueules. Il examina à nouveau ses hôtes. Personne n’aurait pu soupçonner leur origine en les voyant ainsi. Et cela valait mieux pour eux. Il fallait néanmoins établir le contact. Le comte fit un signe au fils des sept branches. Ce dernier en comprit immédiatement le sens et s’adressa au maître de maison dans sa langue. Ce dernier fit de même sans réaliser qu’il s’était trahi. Puis soudain il se leva et s’écria :

- Qui êtes-vous?
- Des guerriers de la paix, répondit l’orient.
- Vous êtes un hospitalier, n’est-ce pas? demanda le comte.
- Oui, mais comment diable l’avez-vous appris?
- Peu importe.
- L’essentiel, c’est que vous saisissiez le danger que vous encourez, ajouta l’occident.

L’homme demanda à sa famille de le laisser seul avec les inconnus. Sa femme se leva non sans inquiétude, mais sans rien montrer à ses enfants.

- Que savez-vous sur moi?
- Simplement que vous êtes un représentant de la tour.
- Je ne comprends toujours pas d’où vous tirez ces informations.
- Nous devrions nous approcher du feu.
- Soit.
- Vous êtes en danger. Car la tour va être sacrifiée.
- Comment?
- Nous ne le savons pas encore.
- Vont-ils s’en prendre à ma famille?
- C’est le plus vraisemblable.
- Mon Dieu!
- Jouez-vous aux échecs ?

L’homme fit signe que oui.

- Aussi vous connaissez la différence entre une perte et un sacrifice.

Le comte poursuivit ses explications échiquéennes devant la cheminée. L’homme l’écoutait attentivement. Il avait compris qu’ils étaient venus pour l’aider. Lorsque le comte termina son explication, l’hospitalier l’embrassa comme un frère d’armes.







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