La noblesse de la jacque

N. Lygeros




Il ne fallait pas seulement lutter contre la perfidie des Anglais, il fallait aussi gérer l’imbécillité de la couronne trahie. Les gens de la noblesse n’étaient pas nécessairement les hommes de la noblesse et le comte le savait. C’était pour cela qu’il avait été capable de discerner la noblesse de la jacque. Il ne suffisait pas d’appeler Jacques Bonhomme, les paysans pour les tourner en ridicule. Un homme l’avait saisi bien avant l’heure. C’était un homme bien sachant et bien parlant, de belle figure et forme comme l’écrivirent par la suite les chroniques. Seulement personne ne prêta attention à cette singularité qui devint par la suite et par nécessité le capitaine souverain du plat pays. Il n’était pas né du hasard. Sa présence répondait à deux excès : le renforcement de la rente seigneuriale et la baisse du prix du blé. Le peuple était exsangue et ne croyait plus en une noblesse qui s’était effondrée à Crécy et à Poitiers. Il fallait une issue même si celle-ci n’était pas du secours. Et cette issue, c’était Guillaume Carl. Les paysans ne comptaient plus que sur lui. Car même Dieu semblait les avoir abandonnés. Cependant les voies du seigneur étaient impénétrables et rien ne serait donné à ces hommes. Ils n’étaient pas de la noblesse et seule leur résistance pourrait leur en donner. Il fallait donc tout donner avant de reprendre l’incertain. Tel était le destin de ces hommes que Charles le Mauvais voulait condamner. Car leur existence mettait en péril ses alliances. Aussi il était prêt à tout pour les éliminer à jamais. Il se servit donc du prétexte de l’alliance avec Étienne Marcel. Car le Prévôt de Paris avec ses hommes et les Jacques conduisirent un assaut sur la forteresse du Marché de Meaux. Seulement ils ne purent résister à la charge de cavalerie. Aussi la culpabilité fut toute trouvée. L’unique problème de Charles le Mauvais, c’était sa lâcheté. Il ne pouvait donc pas affronter de face Guillaume Carl. Il s’arrangea pour entrer en négociations avec ce dernier et s’empara de lui par ruse. Pour aboutir à cela, il engagea des mercenaires anglais. Le comte avait eu vent de la chose mais il n’avait pu intervenir à temps. Ensuite ce ne fut qu’un jeu d’enfant pour Charles le Mauvais de s’en prendre à l’ensemble des Jacques et même le membre de l’ordre des Hospitaliers qui accompagnait Guillaume Carl, un certain Jacques Bernier de Montataire n’y put rien. Ce fut un véritable massacre et la répression qui s’ensuivit fut aussi ignoble que Charles le Mauvais. Ainsi quiconque était accusé d’avoir appartenu à la compagnie des Jacques, fut pendu sur le champ et sans jugement. Quant à Guillaume Carl, Charles le Mauvais lui réserva un sort bien pire. Il le fit mourir en le couronnant d’un trépied de fer rougi au feu. Voilà ce à quoi pensait le comte en contemplant ses hommes. L’ennemi n’était donc pas seulement insulaire. Il était partout sur la terre de France. Il ne suffisait pas de lutter contre l’ennemi, il fallait aussi traquer les traîtres car c’était avec eux que les souverains de l’ignominie œuvraient. Le comte ne cherchait pas dans une seule direction. Il tentait de percer à jour, la stratégie mise en place par un système qui était prêt à tout pour ne pas perdre le pouvoir. Le système ne respectait pas sa terre ni ses hommes, seul le pouvoir lui importait. Aussi seul le savoir pouvait en venir à bout. Le comte savait à quoi s’en tenir désormais et cela lui donnait un avantage sur l’adversaire. Il prit donc l’initiative.







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