L’Artsakh en tant que problème topologique

N. Lygeros




Il est sans doute incongru de rendre hommage aux combattants de l’Artsakh, en réduisant ce territoire arménien à un problème topologique. Cependant cette étude est nécessaire, ne serait-ce que pour comprendre le schéma mental du drapeau de l’Artsakh. Car même si la géostratégie semble quelque peu inhumaine lorsqu’elle met à l’écart la géographie humaine, il n’en demeure pas moins qu’elle explique ce qui était inexplicable auparavant.

L’Artsakh n’est pas seulement un territoire occupé qui a été libéré, c’est avant tout une frontière. Il est plus juste de le considérer comme l’épaississement d’une frontière devenue une interface dynamique dans un contexte où règne la percolation du point de vue topologique. La position de l’Artsakh n’est pas étrangère à l’Arménie mais elle n’en demeure pas pour autant étrange. La multiplicité de la véritable zone de contact ne permet pas d’établir aisément une carte de la région. Nous ne faisons pas référence à la sournoiserie des diplomates ou à l’ignorance des nôtres au sujet de la véritable nature du corridor qui relie l’Artsakh à l’Arménie. Nous voulons simplement mettre en avant le fait que la réalité représente un problème topologique radicalement différent des cartes diplomatiques. L’Artsakh n’est pas une enclave de l’Azerbaïdjan. L’Artsakh n’est pas non plus une région prose en étau par ce pays et le Nakhitchevan. Au contraire comme nous l’avons décrit dans une autre étude, l’Artsakh représente un sommet stratégique. Son positionnement dans l’espace stratégique d u Caucase constitue une véritable singularité sur le plan mathématique, une clef de voûte sur le plan structurel. L’Artsakh n’a pas de problème de connexité avec l’Arménie. Et ce prétendu problème n’est pas résolu par un corridor formel. Au contraire la reconquête de l’Artsakh a résolu d’une part ce problème et sa solution est de nature isopérimétrique puisqu’elle minimise la longueur de la frontière et par conséquent celle du front potentiel. Il est donc temps de mettre en avant la compacité de l’Artsakh et ce, à plusieurs titres. L’Artsakh n’est plus le Karabakh des Turcs ou le Nagorno-Karabakh des Soviétiques. En retrouvant ses frontières historiques, l’Artsakh a retrouvé sa dimension stratégique. L’Artsakh ne s’appuie plus sur des stratagèmes politiques et diplomatiques. Ses combattants ont su lui redonner sa multiplicité nationale, géographique, culturelle et historique. Ce que n’ont pas fait des décennies de tractations hypocrites et de conventions illégales, les combattants de l’Artsakh l’ont obtenu grâce à leur résistance et leur sacrifice. Seulement ce dont nous ne nous rendons pas compte, en raison de la propagande et de l’ignorance, c’est que les combattants de l’Artsakh ne nous pas seulement donné un territoire mais ils ont aussi résolu un problème plus profond en termes conceptuels, à savoir créer une nouvelle topologie de la région qui obéit à des critères stratégiques. L’Artsakh n’a pas seulement retrouvé ses marques. Son repositionnement a renforcé sa nature et l’a transformé en un allié stratégique pour l’Arménie. Grâce à ce recollement topologique, le drapeau actuel de l’Artsakh n’est plus qu’un intermédiaire dont nous connaissons désormais l’objectif.







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