Une vision topologique et isopérimétrique de l’Union Européenne

N. Lygeros




L’examen d’une carte nous fournit rarement sa dynamique interne. Aussi nous avons tendance à l’analyser de manière statique. L’avantage que représente l’Union Européenne pour la géostratégie abstraite provient de sa polysémie diachronique. En effet, l’évolution rapide de sa structure au cours de ces cinquante dernières années, permet de visualiser de manière concrète des propriétés topologiques et isopérimétriques. L’une de ces notions les plus importantes, c’est la connexité. Celle-ci a considérablement influencé le processus d’élargissement et ce, depuis le commencement avec le Benelux, puisque la Belgique a une frontière commune avec le Luxembourg et les Pays-Bas. Cette connexité a été respectée avec le Traité de Rome et l’intégration de la France, de l’Italie et le l’Allemagne. À cet instant, il est encore difficile de percevoir une autre propriété fondamentale qui appartient au registre isopérimétrique. Pourtant elle est déjà présente. L’entrée du Danemark confirme la connexité. Quant à celles du Royaume-Uni et de l’Irlande, elles mettent de plus en évidence la compacité insulaire. Ceci était visible avec la Corse, la Sardaigne et la Sicile même si c’était difficile à percevoir en raison de l’absorption d’ordre étatique. L’entrée de la Grèce semble remettre en cause ces principes mais uniquement si nous ne tenons pas compte de l’espace maritime. En réalité, elle permet de mettre en place la première clôture de la Méditerranée. Celle-ci sera complétée par la suite par les entrées simultanées de l'Espagne et du Portugal. Cette fois, excepté l’existence de la Yougoslavie, la clôture méditerranéenne est complète. Plus personne ne peut gêner l’Union Européenne d’accéder à celle-ci. L’entrée de la Suède qui fait le lien entre le Danemark et la Finlande obéit au même principe. Par contre celle de l’Autriche met en évidence le phénomène de trou sur le plan topologie avec l’enclave suisse. Ainsi l’absorption de la Suisse s’effectue de facto et elle est renforcée de jure par la récente votation suisse au sujet de l’extension des accords entre la Suisse et l’Union Européenne avec le passage à 25 membres. L’entrée des dix nouveaux états en 2004 pourrait sembler confuse au premier abord à la lecture du catalogue des noms. Cependant elle obéit parfaitement aux principes que nous avons mis en évidence. Ainsi Chypre et Malte renforcent de l’intérieur, la clôture méditerranéenne. Quant à la série Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Hongrie, et Slovénie, elle représente un front connexe qui permet d’étendre de manière globale la frontière à l’est de l’Union Européenne. Le cas de la République tchèque constitue une nouvelle occurrence de la notion d’enclave mais cette fois immédiatement absorbée. L’entrée en 2007 de la Bulgarie et de la Roumanie, en reliant la Grèce à la Hongrie, est venue compléter cette connexité. Dans l’ensemble de cette évolution, nous pouvons désormais mettre en exergue le phénomène isopérimétrique de l’absorption des frontières. En effet un élargissement quelconque a tendance a augmenter la longueur des frontières. Or les élargissements successifs de l’Union Européenne ont tendance à minimiser cet effet. Ainsi nous avons un phénomène isopérimétrique, puisque nous obtenons une surface équivalente avec une longueur de frontière moindre. De plus sur la partie occidentale et méditerranéenne, ces frontières sont naturelles puisqu’elles correspondent au rivage si nous exceptons la Yougoslavie et la Norvège. Ces principes nous permettent d’obtenir des critères d’élargissement globaux. Ainsi la Suisse (enclave), la Norvège (frontière naturelle), la Yougoslavie et l’Albanie (enclaves et frontières naturelles) représentent des candidats qui respectent la connexité et l’isopérimétrie, ce qui est loin d’être le cas de la question orientale.








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