Le contexte géopolitique de l’Artsakh

N. Lygeros




L’évolution du positionnement des joueurs dans le contexte géopolitique de l’Artsakh rend nécessaire l’analyse de la situation. En effet, il ne suffit pas de considérer passivement l’Azerbaïdjan car il ne s’agit pas d’un joueur dominant. Il ne fait que suivre des directives qui n’ont pas de véritables conséquences. Par contre l’évolution de la situation en Iran est extrêmement importante. Certes les contacts avec la Russie même s’ils sont impressionnants, sont avant tout d’ordre informatif au sens faible du terme. Les deux joueurs ont choisi une stratégie de type win-win. En effet la Russie a besoin d’affirmer sur le plan diplomatique son redéploiement stratégique et l’Iran veut montrer qu’il n’est pas complètement isolé dans son choix de poursuivre son programme nucléaire. Sans prendre des décisions lourdes de conséquences pratiques, les deux dirigeants ont surtout montré qu’ils ne sont pas prêts de subir l’influence américaine dans la région. L’autre joueur de la région qui n’est pas sans rapport avec l’Azerbaïdjan, c’est la Turquie. Celle-ci en pleine crise car elle voit qu’il est de plus en plus difficile pour elle d’apparaître comme un élément stabilisateur de la région. Elle éprouve de plus en plus de difficulté à maintenir son contrôle sur l’élément kurde qui est véritablement explosif. Aussi elle se place en position offensive vis-à-vis du nord de l’Irak afin d’être potentiellement prête à frapper ce qui ne peut que devenir le futur Kurdistan. Quant à la volonté de mettre à l’écart l’Arménie via le contrôle des oléoducs et gazoducs, elle est avant tout formelle. Cependant ces différents positionnements même s’il s’agit avant tout de mouvements dans l’espace virtuel de la dissuasion, donnent un très bon prétexte à la force américaine pour placer un bouclier de missiles balistiques en Azerbaïdjan. Cette possibilité est tout à fait réaliste et réalisable. Seulement sous prétexte de créer une défense contre une éventuelle attaque de l’Iran, ce type de bouclier offre aussi des possibilités offensives. Car nous avons une situation analogue à celle des S-300 qui devaient aller à Chypre et qui se sont retrouvés en Crète. De plus, durant la guerre d’Irak, nous avons pu observer leur utilisation offensive à l’encontre d’Israël. Cependant le point le plus important pour l’Artsakh, c’est que le positionnement de missiles en Azerbaïdjan même s’il est effectué à l’encontre de l’Iran, crée un déséquilibre d’ordre géostratégique et donc peut avoir des conséquences géopolitiques. Ce type de missiles est très maniable aussi il est extrêmement facile de changer ses cibles. Il ne faut donc pas imaginer une batterie fixe, dirigée exclusivement à l’encontre de l’Iran. Il est donc nécessaire d’envisager la possibilité de fixer au sol ce type d’armement. Car il ne faudrait pas qu’il influence d’une manière ou d’une autre le groupe de Minsk dans ses pourparlers. En d’autres termes, face à une évolution inexorable de l’Iran au sujet de l’enrichissement de l’uranium, le prétexte n’est pas suffisant pour placer un bouclier. Il est préférable d’analyser cette idée comme de l’opportunisme stratégique. Néanmoins il ne faudrait pas que cette manoeuvre porte à conséquence sur l’Artsakh en tant qu’effet secondaire. Dans tous les cas, cela donne une image d’un futur potentiel. Aussi il nous faut nous organiser dès à présent afin de ne pas être surpris par un timing qui est de toute manière prévisible. Le contexte géopolitique de l’Artsakh évolue, il faut donc s’adapter et proposer des solutions dynamiques.







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