L’interdit VIII

N. Lygeros




- Tu es donc revenu !
- Ton petit ne m’a pas laissé le choix.
- Ils l’ont donc utilisé pour te prendre...
- Ils lui ont promis de te libérer s’il me donnait.
- J’en suis désolé.
- Ce n’est pas grave. Je voulais te voir.
- Tu voulais revoir ton maître d’école...
- J’en ai rencontré un autre.
- Et tu as pensé à moi... Je suis un pauvre aveugle désormais.
- Ils t’ont fait subir le même sort.
- Certainement pas. Tu te souviens de Verne ?
- Michel Strogoff !
- Je vois que tu n’as rien perdu de ta perspicacité.
- Le petit le sait ?
- Non, il ne faut pas.
- Il doit être malheureux, je l’ai vu dans son regard.
- Il doit être désespéré pour t’avoir trahi.
- Que comptes-tu faire ici ?
- Mourir...
- Tu n’es pas sérieux. Nous allons trouver une solution.
- Elle existe déjà. Tu te souviens de Dumas ?
- Le comte ?
- Parfaitement.
- N’est-ce pas trop dangereux ?
- Rien n’est plus sûr que la mort.
- Que puis-je faire pour toi ?
- Vivre !
- Rien de plus ?
- Retrouve le petit. Je n’ai plus que lui.
- Je m’en occupe. Autre chose ?
- La bibliothèque...
- Elle existe toujours ?
- Oui, malgré eux.
- C’est incroyable.
- Cela dépasse l’entendement social.
- Ils ne l’ont pas repérée ?
- Même toi, tu ne la retrouverais pas.
- Vous l’avez déplacée ?
- Mieux ! Nous l’avons fait disparaître.
- Vous leur avez rendu la monnaie de leur pièce.
- Pense à Leibniz.
- Monadologie.
- Alors tu sais ce que tu dois faire.
- Qui aurait pu croire que je vivrais cet instant de joie en prison ?
- À présent, tu dois t’évader. Je vais t’indiquer un chemin.
- Et toi ?
- Moi je dois mourir pour vivre.

Le vieux sage pencha sa tête et l’interdit posa son front sur le sien. C’était bon de se retrouver après tellement de temps et l’éternité du jour. Il lui indiqua le chemin comme dans le passé lorsqu’ils jouaient au jeu d’échecs en aveugle. La défense sicilienne était de rigueur puisque l’attaque serait oblique. L’interdit emprunta la voie qui n’existait pas et devint invisible. Les gardes furent pris de panique en voyant la disparition et la mort. Ils emportèrent le corps du vieux sage sans savoir qu’ils le libéraient.







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