L’interdit V

N. Lygeros




La troisième rencontre de l’interdit fut sans aucun doute la plus dangereuse. Il s’était rapproché de ceux qui détenaient le pouvoir pour obtenir des informations sur les disparus. Il dut reprendre certaines de ses habitudes pour ne pas être pris sur le champ. Malgré cela il sentit derrière lui un regard menaçant. Il se retourna lentement pour ne pas être suspecté.

- C’est donc vous qui posez des questions ?
- Comment dois-je répondre ?
- Sans poser de questions.
- Bien.
- Vous n’avez toujours pas répondu !
- Je ne mène pas d’enquête.
- Ceci n’est pas une réponse.
- Je cherche à comprendre le sens de votre question.
- Elle en est dépourvue.
- Alors que dois-je répondre ?
- La vérité !
- Même si la question est dépourvue de sens ?
- Surtout dans ce cas. Le sens n’est défini que par la société.
- Que sont devenus les disparus ?
- Quels disparus ?
- Ainsi même les disparitions ont disparu.
- Y voyez-vous quelque chose d’étonnant ?
- Cela va dans le sens du bonheur social.
- Vous êtes enfin dans le vrai.
- Merci pour ces informations.
- Mais nous n’en avons pas fini !
- Que puis-je vous dire d’autre ?
- Votre intérêt pour quelque chose qui n’existe pas.
- Il est d’ordre historique.
- Vous oubliez que l’histoire n’existe pas dans notre société !
- Nous avons donc accédé à l’éternité...
- À l’éternité du jour. Rien de plus, rien de moins.
- Notre éternité semble réduite à peu de choses.
- Que sous-entendez-vous ? Que notre société n’est pas idéale ?
- Elle est idéale sans doute, mais sans idéal.
- Je ne vois pas quel est le problème !
- Alors, il n’y en a pas.
- Vous voyez il suffit de prendre le pli.
- Fut-ce le cas pour les disparus ?
- Je vois que vous persistez.
- C’est juste pour savoir.
- Le savoir est une forme de pouvoir, il est donc interdit.
- Je croyais que l’interdiction ne visait que les livres.
- Les livres ? Encore des objets inexistants ! Décidément...
- Je ne fais que citer la loi.
- Je le vois bien. C’est votre mémoire qui me surprend.
- Pourquoi donc ? Elle est si étrange ?
- Plus personne ne se souvient de cette interdiction, à part...
- À part qui ?
- Des personnes qui n’existent pas.
- Dois-je en déduire que je n’existe pas ?
- Vous pourrez bientôt le déduire...
- Est-ce une menace ?
- Non, il ne s’agit que d’une donnée.
- Comme vous voulez.
- Je vais me renseigner sur votre compte.
- Pourquoi ?
- Vous existez malgré l’interdiction et cela est impossible.







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