Ontologie et téléologie

N. Lygeros




A la suite de différentes conversations au sein de sociétés à haut qi, nous avons éprouvé le besoin d’expliquer plus amplement certains concepts qui apparaissent dans notre article M-classification. Le présent article représente certaines explicitations sur les changements de phase fondamentaux que constituent les termes surdoué, créatif (i.e. génie) et surdoué créatif avec impact sur l’humanité (i.e. génie universel).

Nous considérons comme substrat de base la notion du surdoué et nous allons mettre en évidence certaines caractéristiques des deux dernières en les différenciant dans le cadre ontologique et téléologique. En premier lieu, nous devons mentionner que du point de vue terminologique la définition que nous donnons au génie est effectivement très restrictive malgré son apparente facilité. En effet, la corrélation relativement faible, bien que positive, entre intelligence et créativité a pour conséquence immédiate l’étonnante rareté du génie. Néanmoins, malgré son caractère restrictif cette définition ne pose pas de réel problème de compréhension car elle représente un état. Alors que le problème de celle du génie universel, c’est qu’elle est un devenir. Autant le génie pouvait avoir une définition propre et au moins théoriquement indépendante de l’humanité, autant cela est impossible pour le génie universel. Car ce dernier, par nature, doit être nécessairement reconnu par l’humanité comme tel. Pour lui, son ontologie, c’est sa téléologie. Il ne peut être considéré comme tel qu’après avoir produit un impact sur l’humanité. Aussi sa pensée est intimement liée à la nature médiologique de son œuvre. L’universalité de son génie doit être acceptée par l’humanité. Se pose alors le problème crucial du rapport qui existe entre le penseur et la société. Car si le génie peut être considéré comme un concepteur du monde, le génie universel doit être un réalisateur du monde. Son ingérence dans le monde, c’est une caractéristique de sa nature intrinsèque.

Si nous gardons le paradigme de la bougie qui éclaire le monde, le génie est une sorte de bougie alors que le génie universel est une bougie nécessairement allumée. Sans cela, il n’est qu’un potentiel et non une réalité. De plus, à la différence du simple génie, il ne vit qu’à travers la mort car ce n’est uniquement en se consumant qu’il devient ce qu’il est. Il doit mourir pour être. Et c’est en ce sens qu’il n’est pas perfectible. Il n’existe réellement qu’en tant qu’être achevé. C’est quelqu’un qui pense sa vie de manière compacte. Il réalise ce qu’il voit. Il n’est pas une limite projective de la réalité. Sa vie, comme dirait Albert Einstein, est une œuvre. Car c’est son œuvre qui représente sa vie. Peu importe le substrat, peu importe la nature de la bougie, ce qui compte c’est son rôle, son action, sa légende. Le génie universel est donc un acteur du monde, un monde qu’il a pensé et réalisé.

Ces considérations nous amènent naturellement à nous interroger sur la nature de la flamme qui est transmise de bougie en bougie via le processus de maître et disciple même si celui-ci peut être plus abstrait via l’interraction des livres, ces pensées compactes d’un autre temps. Du point de vue de la bougie, la flamme est un moyen de transmettre la connaissance et de lutter contre l’entropie inhérente de l’information. Cependant le point de vue de la flamme est encore plus remarquable car elle n’appartient à aucune des bougies tout en faisant partie de chacune d’entre elles. Elle n’est à personne en particulier car elle est à tous. Elle s’appuie sur les bougies pour l’aider à éclairer le monde, elle est changeante par nature puisqu’elle ne cesse de changer de substrat néanmoins elle a un caractère immuable par sa diachronicité. Bien que de type caméléonien, elle ne représente pas un caméléon mais la pensée des caméléons, la téléologie de leur ontologie.Perfection vol.3 10,11/2002.







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