L’apport suisse dans la cause arménienne

N. Lygeros




Dans le monde francophone, nous nous concentrons bien souvent sur le cas de la France. Même si cela est naturel, ce n’est pas forcément opportun pour l’ensemble des situations. En ce qui concerne la cause arménienne, la loi de 2001 sur la reconnaissance du génocide des Arméniens et la problématique de la pénalisation de la négation du génocide, donne l’impression que tout se passe en France. Or la cause arménienne – même dans l’espace francophone – ne dépend pas exclusivement du positionnement de la France sur la scène internationale. Nous pensons qu’il serait plus judicieux de construire l’ensemble de notre stratégie sur des bases solides qui ont prouvé leur efficacité dans le temps. Ainsi le rôle de la Suisse constitue un paradigme. Ce petit pays est un défenseur des droits de l’homme redoutable. Bien souvent nous ne mentionnons que la neutralité suisse avec une certaine condescendance, sans réaliser que cette neutralité n’a de sens qu’avec un positionnement fort. La Suisse est exemplaire à plusieurs niveaux et pas seulement symbolique comme la garde suisse du pape. L’impact de la Croix-Rouge dans le monde n’a nul besoin d’être démontré. Quant à l’armée suisse et sa capacité de dissuasion, ce sont des données militaires certifiées. Aussi il ne faut pas être surpris par le fait que la Suisse ait déjà voté la reconnaissance du génocide des Arméniens ainsi que la pénalisation du négationnisme. Nous devons nous rendre compte que la Suisse se trouve dans ce domaine au delà de l’horizon français. Par conséquent elle peut servir d’exemple dans la réalisation du concept. Car le processus de réparation n’a pas un but qui se réduit à la reconnaissance symbolique d’un génocide. Le processus de réparation correspond à un ensemble de mesures à prendre qui ne sont pas forcément suffisantes pour les victimes du génocide mais qui sont certainement nécessaires pour les survivants du génocide. Aussi pour prendre de revers les négationnistes qui sont particulièrement virulents en France, nous ne devons pas nous contenter d’un combat dans cet espace. Sinon nous risquons de tomber dans une problématique communautaire. Par contre personne ne peut accuser les Suisses d’être des Arméniens. Aussi il est préférable de mettre en avant l’apport suisse pour donner un cadre de négociation cohérent et efficace. Le positionnement suisse n’a rien d’extrême. Il se base exclusivement sur les notions des droits de l’homme. Sa dureté ne provient que la nécessité de condamner les bourreaux et de neutraliser ceux qui seraient tentés de commettre la même chose de manière indirecte en soutenant un génocide de la mémoire. L’apport suisse est essentiel car il permet de rendre nos arguments incontestables. Sans tomber dans les pièges des stratagèmes développés par les lobbies turcs, nous pouvons mettre en exergue la situation suisse et contrer les attaques fallacieuses de leur propagande. L’exemple suisse permet aussi de convaincre les indifférents à la cause arménienne. Dans leur ensemble, ces derniers pensent que nos revendications sont exagérées. Tandis que la connaissance des données suisses dans le domaine, leur permet de réaliser d’eux-mêmes que nos revendications ne sont que des réalisations des droits de l’homme. En recadrant le centre de notre combat sur l’exemple suisse, il est possible de lui donner une assise non seulement plus neutre mais surtout plus convaincante pour des personnes qui ne connaissent que de loin la problématique du génocide des Arméniens. Cela leur permettra de prendre conscience du caractère universel de la cause arménienne en tant que lutte contre un crime contre l’humanité.







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