De la défense des territoires arméniens à la fixation des actions azéries

N. Lygeros




En nous concentrant uniquement sur la défense des territoires arméniens nous commettons une erreur stratégique qui n’apparaît pour le moment que sur le plan tactique. Les efforts de défense, en l’absence de combats, créent nécessairement de l’inertie et celle-ci engendre des frictions internes. Comme il n’est pas possible d’obtenir un désarmement de la part des Azéris, nous nous devons de fixer leurs actions afin d’éviter d’être en permanence sur la défensive. Ceci n’implique pas forcément une action dans leur propre territoire, fait qui pourrait remettre en cause un équilibre instable et nous placer dans une position d’agresseur. Par contre, il est possible de mettre en place une force de dissuasion qui soit non seulement capable de défendre le territoire arménien en cas d’attaque mais aussi capable d’être redoutable sur le territoire azéri. Cette possibilité permet de changer de dynamique et de déplacer l’inertie sur l’adversaire qui est obligé de prévoir comment il va parer une contre attaque sur son propre territoire à la suite de sa propre attaque. Comme les distances ne sont pas particulièrement importantes, surtout via les airs, il est aisé de comprendre que les missiles représentent la solution la plus adéquate à cette problématique. Pas besoin d’aéroport, pas besoin d’une flotte aérienne, une infrastructure terrestre est amplement suffisante, d’autant plus qu’elle permet d’utiliser nos montagnes à notre avantage. Les modèles dans ce domaine sont particulièrement nombreux mais si nous avions à choisir, notre choix se porterait sur le modèle suisse. Le caractère peu commode du relief devient une arme redoutable dans ce cadre de pensée. Car le délogement de troupes enclavées dans ce type de relief, représente un coût très important pour l’adversaire. Cette approche permet de rendre effectif le caractère symbolique de la devise de l’Artsakh. Car c’est non seulement inutile de se plaindre sur le plan tactique lorsqu’un avantage de ce type n’est pas exploité mais c’est surtout dangereux sur le plan stratégique car l’adversaire peut amplement profiter de cette faiblesse pour mettre en place sa propre structure. Cela montre aussi l’erreur de miser sur la dépendance de l’Artsakh par rapport à l’Arménie. Cette dernière n’a pas besoin d’un vassal mais d’un allié capable de se défendre en optimisant ses propres caractéristiques et en augmentant le coût d’une attaque ennemie. L’Artsakh a un relief unique qui le défend naturellement d’une attaque blindée. Seulement un positionnement passif et statique laisse énormément de champ libre à une attaque azérie d’un autre type surtout si nous analysons la suprématie aérienne. Si l’Artsakh veut vraiment jouer la carte de l’indépendance, il ne faut pas simplement miser sur une procédure juridique qui s’appuie sur la constitution, les élections présidentielles, les élections municipales, etc. pour obtenir une reconnaissance internationale de jure via le de facto. La reconnaissance stratégique est largement aussi importante dans ce processus même si elle n’est pas mise en exergue de manière officielle. Car l’une des reconnaissances les plus importantes, c’est celle de son ennemi. Tant que celui-ci est persuadé que l’Artsakh est reprenable, une reconnaissance internationale ne suffit pas à contrebalancer une tentative de reprise d’une position antérieure. L’approche stratégique permet d’une part de s’ancrer sur le territoire et d’autre part de créer une brisure de symétrie temporelle. Ainsi l’ennemi ne peut se contenter de remettre en cause des accords de cessez-le-feu via des négociations utopiques. Car il sait dans tous les cas que le plan stratégique est mis en place et donc activable en cas de force majeure. L’Artsakh a montré ses capacités dans le passé. Il faut désormais construire son avenir.







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