Sur les relations stratégiques franco-russes

N. Lygeros




Si le changement de phase n’a pas été perceptible au moment des élections présidentielles, il n’en est pas moins réel et le ministre des affaires étrangères s’est chargé de le préciser lors de sa visite de préparation en Russie. Il ne s’agit pas seulement de symboles ou de realpolitik. Les divergences sont plus profondes. La Russie est en plein redéploiement stratégique et la France reconfigure le noyau de la stratégie européenne. Certes certains analystes considèrent que ces divergences sont mises en avant via l’action de la polarisation américaine. Ces analyses se feront toujours entendre non pas en raison de leur pertinence mais de l’inertie des mentalités. Si certains persistent à croire que l’Union Européenne n’existe pas, c’est leur problème et pas celui de l’Union. Si d’autres pensent encore que le communisme est innocent et qu’il représente une forme d’idéal, ce n’est pas non plus le problème du communisme car paradoxalement même si l’Histoire était censée mourir, le communisme n’appartient plus qu’à elle. Par contre les centralisations et les contrôles du pouvoir sont toujours de rigueur aussi il ne faut pas s’étonner. De plus, le clivage gauche-droite n’a pas de sens dans le domaine de droits de l’homme et ce dernier représente un enjeu diachronique qu’on le veuille ou non. Le positionnement sur l’OTAN n’explique pas tout en effet. La France et la Russie malgré l’existence du cadre positif historiquement attesté, n’en n’appartiennent pas moins à des sphères stratégiques différentes. Et même si l’interface s’est modifiée de manière relativement souple, il n’en demeure pas moins que d’une part, elle existe encore et d’autre part qu’elle s’est agrandie. Le bassin d’attraction européen même s’il n’est pas encore formel, s’est considérablement élargi. Et c’est aussi pour cette raison que nous voyons la France prendre position sur le problème du nucléaire offensif iranien.

La diplomatie française est en train de redéfinir les relations franco-russes. Et ceci est nécessaire pour l’ensemble de l’Union Européenne. En effet, aucune de ces deux entités ne peut absorber l’autre. Il est donc indispensable de mettre en place un partenariat fondé sue le respect mutuel et cela ne peut pas s’effectuer sur les anciennes bases qui consistaient simplement à ne pas gêner l’autre dans sa sphère d’influence. Des cas comme l’Afghanistan ou la Tchétchénie ont montré les limites de cette politique diplomatique qui ne possédait pas de diplomatie politique. La mise en exergue des droits de l’homme par le ministère des affaires étrangères n’est pas uniquement un symbole. D’ailleurs Bernard Kouchner n’a nullement besoin de cela pour s’affirmer dans ce domaine. Au contraire, c’est sa présence qui donne du poids à ce changement de phase. C’est un homme qui connaît le sens de l’expression guerrier de la paix. Aussi son homologue russe ne risquait pas de l’impressionner comme certains l’auraient sans doute aimé. L’évolution de l’Histoire montre les limites des empires et même ces derniers doivent rendre des comptes lorsqu’ils commettent des crimes contre l’humanité. Si la France a à jouer un rôle sur la scène internationale, c’est entre autres dans ce domaine qu’elle doit le faire. Plus personne ne se préoccupe désormais des mots même s’ils sont d’ordre. Seuls les actes ont un sens qu’il reste à définir. Les relations stratégiques entre la France et la Russie sont complexes et elles ne sont guère simplifiables sans être dénaturées. Et si la France a mis en place sa force de dissuasion nucléaire, ce n’est certainement pas pour rien. Il est donc préférable de s’appuyer sur ce substrat pour comprendre les bases des nouvelles relations plutôt que de rechercher une continuation artificielle dans une diplomatie sans contenu. L’Union Européenne a besoin d’un noyau fort pour avancer : un noyau qui sache se faire respecter et qui demeure respectable. Tel est le nouveau rôle de la France dans l’espace européen mais aussi dans l’interface avec la Russie.







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