Les gâteaux de la vie

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




- Viens avec moi !
- Où veux-tu aller ?
- Tu ne t’en souviens pas ? Un temps. Les gâteaux !
- Les gâteaux de la vie ?
- Oui !
- D’accord. C’est près non ?
- Je suis toujours près.
- Seulement qui le sait ?
- Les hommes.
- Vraiment ?
- Ils connaissent l’amertume de la société.
- C’est juste !
- Lequel veux-tu prendre ?
- Le plus gros.
- Tu es si triste ?
- C’était une blague !
- Bien sûr.
- D’ailleurs si je n’étais pas bien, je te le dirais.
- J’en suis certaine... pour me blesser...
- Mais je ne veux pas te blesser.
- C’était une blague !
- Finalement, qu’est-ce que tu prends ?
- La même chose que toi.
- Seulement un ?
- Je veux que nous le partagions... Puisque ce sera le plus grand.
- Tu as vu qu’ils ont apporté une cuillère seulement ?
- Tu en voulais deux pour un gâteau ?
- Non, tu as raison.
- Moi, je mangerai après.
- Non, toi d’abord.
- Cela n’est pas possible.
- Mais, pourquoi ?
- Si tu ne manges pas la première bouchée, comment me réjouir ?
- Et moi ?
- Toi, tu mangeras la première.
- Et toi ?
- La voisine.
- Tu préfères ?
- Oui !
- Pour quelle raison ?
- Celui qui mange la première fait comme s’il était seul.
- Tandis que la deuxième n’existe pas sans la première.
- Je veux être avec toi.
- C’est un gâteau.
- Comme l’amertume... une chose seulement.
- Mais qui veut la partager ?
- Ceux qui savent.
- Les gourmands ?
- Les hommes ?
- Les condamnés ?
- Les vivants ?
- Nous ?
- Oui, nous qui vivons doucement la condamnation de la vie.
- Je t’aime.
- Alors donne moi le second baiser.







free counters


Opus