La bataille du temps

N. Lygeros




La terre sentait la mort des hommes. La barbarie voulait occuper l’espace à l’aide du cadavre des innocents. Peu lui importait le temps. L’invasion devait être effectuée dans l’instant. Aussi lorsque la barbarie rencontra le point de résistance créé par le maître du temps et ses disciples, elle cria de colère. De quel droit lui tenaient-ils tête ? Elle se dépêcha de faire diffuser sa décision : cette insoumission serait funeste. Elle lança son régiment le plus lourdement armé contre les résistants. Ce fut ainsi que commença la bataille du temps. La joute serait courte et le tournoi sournois, pensa le chevalier sans armure. Il disposa ses hommes en formation de combat. C’était à cela qu’il les avait préparés depuis des années durant des siècles. Les barbares étaient partout. Leur nombre était incalculable. La bête immonde devait se venger, peu importait les pertes : aucun prisonnier. L’extermination ne pouvait s’arrêter. Il s’agissait d’une question de principe. Les canons ne cessaient de bombarder les positions des résistants. Ils ouvraient toutes les tranchées. Rien ne résistait à ce pilonnage intensif, sauf l’humanité et le temps. Lorsque les batteries se turent, les barbares montèrent à l’assaut. Les résistants tiraient sur tout ce qui bougeait. Seulement les barbares étaient comme les immortels. Chaque fois que l’un d’eux tombait, il était immédiatement remplacé par un autre. Les vies humaines ne comptaient pas, il fallait écraser toute trace de résistance même s’il fallait pour cela la broyer à l’aide de cadavres. Les résistants étaient submergés par la mort. Ils se retirèrent dans les enceintes les plus étroites afin de ne laisser aucune ouverture à la bête immonde. Chaque instant gagné sur la défaite était une remise en cause de la suprématie de la barbarie. Confinés dans l’espace, le maître du temps et ses disciples ouvraient la voie du temps. La bataille ne se terminerait ce jour-là que dans l’espace mais elle ne faisait que commencer dans le temps. Les disciples se blottirent les uns contre les autres. Il n’y avait pas d’autre moyen de tenir sous les coups de butoir de la barbarie. Les murs s’imprégnaient de leur sang. Ils étaient écorchés vifs mais ils résistaient encore malgré l’odeur de la mort. Lorsque le chevalier sans armure vit que leur position était intenable, il leur demanda de devenir une lance. Ils savaient tous ce que cela signifiait. Comme des pions en formation doublement triangulaire ils devaient soutenir les frappes du cavalier. Leur structure s’enfonça dans la masse des barbares. Elle ne fixait qu’un seul point, un seul but. Rien ne résistait à son passage. Ils pénétraient dans les entrailles de l’ennemi telle une flèche empoisonnée. Ils allaient se sacrifier dans l’espace pour vaincre dans le temps. Ce fut leur mort dans le noyau même des barbares qui causa le plus grand des effrois.







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