Le sang du chêne

N. Lygeros




Finalement ce n'était pas grand chose. C'était du moins ce qu'avaient pensé les visiteurs en sortant de la crypte. Le bruit qui les avait surpris, c'était celui de la chute d'un arbre. Seule une petite fille vit dans cet arbre, un chêne en sang dans l’azur.

        -         Tu aurais dû la garder dans tes bras.
        -         Tu sais bien qu'elle adore les statues.
        -         Tout le monde nous regardait.
        -         Elle n'a rien fait de mal. Elle a juste touché le pied du gisant.

Ses parents ne savaient pas qu'elle s'était approchée du gisant de la terre des pierres. Elle avait été attirée par les lettres de fer. Elle les avait déjà vues quelque part dans la maison des grands-parents. Sans savoir pourquoi, le gisant lui rappelait son grand-père lorsqu'il était jeune. Aussi elle ne pût s'empêcher de laisser une hirondelle sur la tête du gisant. Son grand-père lui manquait tellement. Ce n'était  qu'après qu'elle avait touché son pied. Elle voulait lui dire qu'elle reviendrait le voir. Elle sentit la main de sa mère sur ses fesses.

        -         Pourquoi as-tu touché le gisant?
        -         Je ne sais pas.
        -         Tu ne sais pas que cela ne se fait pas?

C'était la question préférée de sa mère. Elle savait qu'il ne fallait pas lui répondre. Elle était triste pour le chêne.

        -         Tu vas la faire pleurer. Tu ne vois pas qu'elle est au bord des larmes.

Sa mère se pencha vers elle. Comme elle vit une grosse larme sur le point de jaillir, elle eut de la peine et embrassa sa petite fille.

        -         Tu aurais dû la garder dans tes bras.

La petite pencha sa tête sur la poitrine de sa mère. Elle ne dit rien de plus. Sa mère la prit dans  ses bras pour la consoler. Elle passa à côté du chêne sans même le regarder. Elle était trop préoccupée par sa fille et son geste. Elle avait l'impression que toute la société la montrait du doigt. Le père examina l'arbre tombé à terre. Il était impressionnant par sa taille et surtout par sa forme. Inconsciemment il lui rappela les béliers pour enfoncer les portes. Il pensa que ce chêne aurait fait un excellent bélier.

        -         Cela ne te rappelle rien?

Sa femme ne répondit pas. Elle cherchait à s'éloigner le plus vite possible du ridicule. Quant à la petite elle pensait au gisant et au codex. Son grand-père aussi avait des livres étranges. Elle se promit de les chercher. Et elle sentit qu'elle faisait cette promesse au gisant. Elle apprendrait à lire les lettres de fer juste pour lui et son grand-père. Ce serait leur secret.







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