Le premier choc

N. Lygeros




L’imprévu devait arriver et il arriva. Rien ne l’avait laissé présager. Son arrivée n’avait pas été annoncée mais il était là en chair et en os. C’était en 1364, à Venise. La reconquête de la Crète allait être célébrée par des joutes et de grandes manifestations équestres. Même le roi de Chypre était attendu dans ces festivités mises en scène par Tommaso Bombasio. Seul ce détail aurait pu être un indice de ce qui allait arriver ce jour-là. Seulement qui aurait pu y faire attention dans le fracas des lances ? La rencontre eut lieu dans la course, ce combat mimé sans armes. Le maître du temps était là lui aussi. Il devait participer à cette course en tant qu’observateur impartial. La bataille battait son plein lorsque l’imprévu arriva. Chacun essayait tant bien que mal d’amuser la galerie mais personne n’était dupe. Il s’agissait bien d’une nouvelle forme d’affrontement même si c’était à mains nues. L’un des suivants du roi de Chypre entra en lice. Il évita soigneusement les coups anarchiques des autres combattants. Il ne s’intéressait qu’à une seule et unique chose, protéger le Vénitien. Le maître croisa son regard mais le Chypriote était trop préoccupé. Il arriva enfin à proximité du coureur lorsque ce dernier affrontait avec peine trois assaillants. Leur échange ne dura qu’un instant et le Chypriote sauta par-dessus l’un des concurrents pour se placer dos à dos avec le Vénitien. Ils s’attachèrent ainsi et se mirent à rouler littéralement sur leurs assaillants. Aucun d’entre eux ne résista à cette contre-attaque malgré les renforts. La sphère humaine ne s’arrêta que devant un colosse venu d’une contrée lointaine. Sans invitation, il avait voulu participer à la course mais les Doges n’avaient pas accepté sa candidature. Il n’était pas venu pour combattre mais pour tuer et sa cible était le Vénitien. La reconquête de l’île de Crète avait laissé des traces en Orient. Et il était là pour se venger. Il s’empara d’une massue et la leva sur la sphère humaine. Celle-ci s’écarta lestement et évita le coup. Elle se repositionna. Le maître avait déjà levé la main pour disqualifier l’intrus seulement ce dernier ne tint pas compte de l’avertissement. Alors le maître se plaça entre eux. Les deux combattants entendirent sa pensée. Ils se détachèrent et se placèrent de part et d’autre du maître. Il était là pour eux, ils seraient là pour lui. Le barbare fit un pas en arrière. Cette position l’avait surpris. Seulement il s’élança sur les trois hommes avec violence. Ces derniers s’appuyèrent sur les mains puis les épaules du chevalier sans armure, volèrent dans les airs et brisèrent sa massue sur son armet qui s’ouvrit comme un œuf. Le barbare s’effondra de tout son poids. Et une porte claqua dans le temps.







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