Humanitas et Tempus XVII

N. Lygeros




Les Justes d’Albert Camus ne sont pas seulement des insurgés ou des insoumis. Ce sont avant tout des hommes qui éprouvent le sentiment de justice. Pour saisir la profondeur de la problématique de Camus, il est nécessaire de mettre en évidence les schémas mentaux de la justice dans le cadre de l’humanité. Cette justice n’est pas institutionnelle, elle se base avant tout sur des valeurs et non des principes. Elle ne dépend pas d’un système formalisé et rigide. La justice, cette justice représente une nomologie diachronique. Elle a évolué avec l’humanité et est fortement corrélée avec ce que nous nommons la religion. Au Christ lui-même était associé l’expression le maître de justice et de manière plus générale nous retrouvons souvent le terme de justicier dans de nombreuses civilisations avec des variantes comme le juste. Dans tous les cas nous avons affaire à des hommes capables de porter un jugement même au delà de la loi. L’exemple de Salomon est encore célèbre de nos jours. L’intervention de l’intelligence à ce niveau est tout à fait caractéristique. Car ces hommes ne se sont pas simplement contentés d’appliquer la loi. Ils n’entrent pas dans le cadre de l’expression romaine dura lex, sed lex. Aussi l’aspect humain de leurs décisions est sans aucun doute la plus importante des caractéristiques de celles-ci. Et nous remarquons que l’intelligence est nécessaire pour gérer l’assemblage des lois. C’est-à-dire que même dans un contexte plus formalisé, c’est encore l’intelligence qui permet à l’humanité de laisser son empreinte sur la décision. Plus important encore, c’est à nouveau elle qui permet de dépasser les paradoxes créés par des lois contradictoires. Ainsi lorsque les lois sont dépassées, c’est bien l’humain via son intelligence qui devient juge. En réalité, il le demeure sans cesse. Seulement le système préfère ériger des lois afin d’être indépendant de l’influence humaine. Dans le cadre de la pièce de théâtre d’Albert Camus, la problématique est celle des limites des pertes acceptables. La nécessité de lutter contre la barbarie d’un système qui oppresse l’humanité, engendre des sacrifices. Seulement combien, quel sacrifice peut supporter l’humain pour atteindre l’objectif de la libération de l’humanité? Telle est la question que pose Albert Camus. Seulement les justes avaient déjà donné la réponse en 1905. Les limites existent mais les sacrifices sont tout de même nécessaires. Grâce à cette problématique, nous pouvons entrevoir d’une part l’importance de l’humanité et d’autre part la valeur ajoutée qu’elle représente par rapport à l’humain. A travers les sacrifices et les résistances des hommes pour aller dans le sens du sentiment de justice, nous discernons la structure de la société. La justice, dans le sens que nous avons mis en évidence précédemment, est un schéma mental du substrat de la notion d’humanité. La société s’appuie sur le système des avocats. Tandis que l’humanité n’a de sens qu’à travers l’œuvre des justes.







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