Sur le redéploiement géostratégique de la Russie

N. Lygeros




Contrairement aux apparences la Russie ne cesse d’évoluer. Elle se remodèle certes à partir de son substrat soviétique mais pas seulement. Elle a été obligée de composer avec une réalité qui ne correspond plus à ses objectifs. Désormais elle a dépassé cette phase où seuls les objectifs avaient une réalité, une réalité jamais réalisée mais uniquement conceptualisée. La Russie retravaille ses relations et ses dépendances. Elle se structure mais pas seulement pour combler des fissures comme persistent à le penser certains analystes. Elle redéfinit une hiérarchie de valeurs dans un contexte qui n’obéit plus aux principes doctrinaux. Sur le plan géostratégique, elle tente une stabilisation par le bas car l’imposer par le haut n’a plus de sens. En réalité, le redéploiement géostratégique consiste tout d’abord à une infiltration des anciennes républiques. Les données stratégiques de certaines d’entre elles les transforment en cibles faciles. Cependant cette caractéristique est universelle. Par conséquent, elles se trouvent dans l’intersection de plusieurs zones d’influence. Aussi sur le plan dynamique, les frontières des bassins d’attraction sont beaucoup plus complexes qu’auparavant. L’infiltration consiste à soutenir une percolation orientée. Seulement, le noyau du groupe opérationnel n’est pas encore assez centralisateur pour tenir face aux attaques qui se développent à l’interface. La résurgence des religions a rendu nécessaire la reconfiguration du noyau qui n’a plus son universalité, certes uniquement phénoménologique, d’antan. Aussi le redéploiement géostratégique ne peut être symétrique. Il s’adapte d’une part et exploite le différentiel d’autre part. L’ancienne sphère d’influence s’est transformée en un réseau d’infiltration. Ce dernier n’hésite pas à mettre en avant le substrat soviétique pour asseoir une nouvelle forme de syncrétisme. Certes ceci ne va pas sans certaines oppositions, néanmoins il faut reconnaître que malgré l’effondrement du matérialisme, l’aspect dialectique est toujours aussi tenace. Sans parler véritablement de doctrine, la Russie met en place un dogme géostratégique qui s’appuie d’une part sur l’armement et surtout sur l’impact cognitif qu’il produit, ainsi la facilité d’accès à l’efficacité cf. la mise au point du S-400, et d’autre part sur les dangers du monde extérieur. Le dogme agit donc sur un double emploi de l’assurance ce qui engendre des mouvements tactiques relativement habituels de la part des anciennes républiques. Par ailleurs dans le cadre de la défragmentation de la structure dure, le dogme russe en profite pour se réorganiser de manière plus flexible mais aussi plus robuste afin que le réseau d’infiltration se transforme en une entité protéiforme de manière à absorber les effets des chocs locaux de l’interface. Ainsi dans le contexte de l’autodétermination des peuples, la Russie joue un rôle beaucoup plus fin qu’auparavant mais qui lui permet malgré tout d’agir pour obtenir des résultats analogues. Le redéploiement géostratégique de la Russie ne se contente plus de manœuvres tactiques. La stratégie mise en place même si elle est moins agressive en apparence, est évolutive et se dote peu à peu d’une efficacité redoutable. Car les innovations techniques s’accompagnent cette fois d’une approche où domine la grande stratégie.







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