Humanitas et Tempus XII

N. Lygeros




Si l’humanité est nécessaire, l’intelligence est une nécessité. Notre intelligence n’est sans doute rien pour l’univers, mais sans ce rien nous ne serions pas ce que nous sommes. L’importance du rôle de l’intelligence est d’autant plus grande qu’elle entre en opposition avec la société. L’intelligence est par nature une forme d’avenir enclavé dans le passé aussi elle ne peut accorder une réelle valeur au présent qui est l’élément fondamental de la structure de la société. Certes l’intelligence pure sans acquisition de mémoire, ne peut attendre que le stade du paradoxe et elle demeure la plupart du temps absurde. C’est essentiellement le problème des enfants surdoués qui finissent par guérir, selon les termes de la société, et n’atteignent jamais le stade de l’adulte surdoué. Car ce dernier est dépourvu de sens, au niveau de l’humanité, s’il n’est pas doté de mémoire. Et cela n’est possible que grâce au passage du temps. Or le temps n’existe pas pour la société. Celle-ci ne peut donc permettre à des enfants surdoués de se développer car elle ne peut que retarder leur précocité. Le choc ou plus exactement le changement de phase se produit avec le passage au stade adulte via la mémoire. Car même si l’enfant surdoué était en désaccord avec la société, la plupart du temps, il n’y a pas assez de pièces à conviction pour l’accuser. Tandis que l’adulte surdoué ne peut qu’accuser la société et ceci devient un chef d’accusation à son encontre. Seulement nous devons être conscients que ce changement de phase ne correspond pas nécessairement à l’âge adulte classique, en tout cas dans le sens où l’entend la société. Car le temps n’est pas linéaire et encore moins lorsqu’il s’agit de surdouement. L’intelligence est donc le feu, tandis que la mémoire est le choc, du point de vue de la stratégie. C’est justement ce tandem que craint la société car il est explosif pour elle. Ce mélange temporel où le futur est enclavé dans le passé délimite de manière radicale la durée de vie du présent et donc de la suprématie de la société. Ainsi cette dernière doit affronter des individus qui savent qu’elle n’est pas immortelle malgré ses dires. Elle se doit donc de les faire taire pour ne permettre aucun vol au-dessus d’un nid de coucous. L’intelligence est donc un danger potentiel pour la société. Quant à la mémoire elle constitue une résistance de facto. Ce que doit tenter la société, c’est de briser ce front avant qu’il ne puisse se mettre en place pour l’attaquer. A l’instar des liens qui existent entre les jeunes et les vieux qui transcendent les conventions sociales des adultes, l’intelligence et la mémoire sont naturellement complémentaires car radicalement différents; Ces deux éléments subversifs pour le dogme social sont des composantes de base pour la notion d’humanité. Car l’intelligence n’a rien à perdre et la mémoire rien à gagner. Dans ce cadre toutes les deux sont susceptibles de se sacrifier pour l’humanité, si elles comprennent la réalité de cette entité et ce, même de manière partielle.







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