Humanitas et Tempus IX

N. Lygeros




Face à l’oppression, les hommes résistent. Seulement ce n’est pas la société qui leur a appris à résister. Quelle est donc la raison de cette résistance et parfois même du sacrifice? Dans ce nouveau cadre de réflexion, la réponse est naturelle. C’est justement leur humanité qui résiste car elle est capable de concevoir le sens de la perte. Et refuser la perte est une forme d’apport. En effet, dans un contexte plus général et pour ainsi dire thermodynamique, l’augmentation de l’entropie n’est pas seulement une perte formelle. Parfois il s’agit d’une véritable déstructuration. Aussi la vision cybernétique de l’humanité va nécessairement à l’encontre de cette perte. Cette dernière n’est pas obligatoirement un territoire, ce peut être une culture, une langue, une tradition ou même une religion. Pourquoi certaines cultures s’obstinent à exister? Pourquoi certains peuples sont si attachés à leur langue alors que celle-ci est rare? Pourquoi une tradition peut-elle être si importante? Pourquoi une religion résiste-t-elle à l’oppression? Car l’humanité se construit aussi par la négation de la perte, la négation de l’oubli. L’humanité ne se contente pas de se souvenir, elle refuse d’oublier. Elle ne travaille pas seulement dans le domaine constructif. Elle s’oppose aussi à l’effacement, à l’écrasement. C’est aussi pour cela que nous ne devons pas considérer les guerres mondiales uniquement comme des affrontements globaux et surtout sociaux. Dans ces guerres beaucoup de combats ont été livrés dans le maquis, loin de toute armée régulière. Il ne s’agissait pas non plus de petites reproductions de sociétés. Le maquis avait un sens de l’existence d’autrui. Loin d’être un espace confiné, le maquis agissait pour l’humanité. Il était conscient de livrer un combat contre un système répressif qui tentait de déshumaniser les gens. Même sans coordination les groupes de résistance agissaient aussi pour les autres. Ils se devaient de résister même s’ils étaient les seuls à le faire. C’était une question de nécessité. Seulement l’humanité a dû s’organiser pour lutter contre un système global. La population ne pouvait tenir tête car elle était naturellement attirée par un autre système considéré à l’époque comme invincible. Quant à la collaboration, elle ne correspondait pas seulement à un assujettissement mais aussi à une tentative de répliquer le système social. Du point de vue de la collaboration, l’absorption des systèmes sociaux par un système plus puissant et plus global, n’était qu’une simple immersion dans le sens mathématique du terme. Le changement formel n’avait aucune répercussion structurelle. C’est aussi pour cette raison que nous devons rendre un double hommage à un homme comme Jean Moulin. Il a d’une part refusé de faire partie du système et d’autre part il a organisé une humanité qui ne voulait disparaître. Il a de plus fait cela en sacrifiant sa propre vie et en acceptant qu’il ne reste de lui et de son vivant que son œuvre. Il a donc été pour le système, d’une part inutile, et d’autre part nuisible. Or ces caractéristiques négatives pour le système sont justement bien souvent associées à la notion d’humanité. Comprendre le phénomène Jean Moulin, c’est aussi comprendre une part de ce que nous nommons humanité. Un seul homme pour saisir l’essentiel car l’essentiel est en chaque homme pour l’humanité.







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